« Comment devient-on romancier ? »
« Faut-il faire des études pour devenir écrivain ? »
« Peut-on publier un roman sans diplôme ? »
Ce sont probablement les questions qu’on me pose le plus souvent lors des salons du livre et des séances de dédicaces. Et presque à chaque fois, derrière ces questions, il y a la même confidence, prononcée à mi-voix : « Moi aussi, j’écris… ou du moins j’aimerais écrire un roman. » Alors autant répondre franchement et publiquement.
Non, il n’existe pas de formule magique pour devenir romancier. Pas de diplôme obligatoire. Pas de bouton secret. Pas de révélation mystique au milieu de la nuit.
La seule porte d’entrée réelle, c’est l’écriture. Aux « Moi aussi, j’écris… et j’aimerais bien savoir comment faire pour en arriver là. » Ma réponse est sans doute la plus frustrante qui soit. Elle tient en un seul mot : écrivez !
Mais attention : dire qu’il suffit d’écrire pour devenir auteur, c’est un peu comme dire qu’il suffit de courir pour terminer un marathon. Techniquement, c’est vrai. En pratique, tout dépend de la manière dont on avance, de la régularité, du mental, de la capacité à tenir sur la durée… et surtout de votre aptitude à terminer ce que vous commencez.
Car entre le rêve d’écrire un livre et la publication d’un roman, il existe un immense entonnoir : celui du doute, des manuscrits abandonnés, des refus éditoriaux et parfois même de la peur de se lancer.
Dans cet article, nous allons voir :
- S’il faut des études pour devenir écrivain,
- comment les auteurs de bestsellers ont réellement commencé,
- comment savoir si vous êtes prêt à écrire,
- et pourquoi le facteur le plus important n’est probablement pas celui que vous imaginez.
Mais voyons cela en détail…

L’écriture, une passion française.
D’abord, dressons un constat. En France, on adore l’idée d’écrire. C’est presque une institution nationale.
Si l’on en croit les sondages, le rêve est immense. Entre un quart et parfois même la moitié des Français déclarent avoir envie de publier un roman (source : étude Lire & Librinova, 2019 – et les confinements qui ont suivi ont sans doute encore dopé ce chiffre). On parle de 12 millions de personnes qui, dans leur tête, sont déjà auteurs. Un chiffre vertigineux, même si en baisse. Une armée de romanciers potentiels prête à conquérir le monde littéraire.
Mais attention : il y a une différence fondamentale entre rêver d’écrire et faire le travail.
Parce que dès qu’on passe de l’intention à l’action, la réalité nous rattrape brutalement. On entre dans ce que j’appellerais « l’entonnoir du romancier ».
Le premier filtre : le passage à l’acte. Sur ces millions de français rêvant de passer de l’autre côté de la barrière, combien franchissent réellement le pas ? Les chiffres chutent drastiquement, mais restent astronomiques. Environ 17 % des Français déclarent avoir déjà écrit un manuscrit (source : étude monbestseller.com, 2013). C’est déjà moins, beaucoup moins.
Le deuxième filtre : le mur de l’édition. C’est ici que le couperet tombe. Parmi ceux qui ont écrit, combien osent frapper à la porte des maisons d’édition ? À peine 9 %. Si on fait le calcul, cela signifie qu’une infime minorité – environ 1,5 % de la population totale – est allé jusqu’à tenter l’aventure de l’envoi en maison d’édition. Cela fait quand même un peu plus d’un million d’auteurs ayant franchi le pas !
Le dernier filtre : le sommet de la pyramide. Et là, on arrive dans la zone de haute altitude, là où l’oxygène se fait rare. Pour les maisons traditionnelles, c’est une sélection impitoyable. Une maison comme Gallimard reçoit environ 8 000 manuscrits par an pour n’en publier qu’une poignée. Par conséquent, pour l’auteur qui débute, la réalité froidement mathématique est sans appel : la probabilité de publication par la voie traditionnelle est proche du zéro absolu, surtout si vous cumulez le handicap de ne pas être célèbre au moins sur les réseaux sociaux, voire célèbre tout court.
L’autoédition, elle, offre une porte de sortie. Elle est en pleine croissance et permet à des milliers d’auteurs de voir leurs œuvres exister (on parlait de 1 700 auteurs actifs pour 7 000 ouvrages déposés en 2021 – source Newtenberg). C’est aussi elle qui permet aux auteurs qui produisent dans des genres différents de ce qui est d’habitude porté par les majors du secteur de trouver leur public (exemple : moi !)
Le bilan est sans appel. Le fossé est abyssal. Entre les 12 millions de Français qui rêvent d’écrire et les quelques milliers qui parviennent réellement à publier – que ce soit en maison d’édition ou en autoédition – il y a un gouffre. Un gouffre rempli de manuscrits inachevés, de rêves abandonnés et de pages blanches.
Cela nous révèle que devenir romancier n’est pas une question de désir, et encore moins de talent : c’est une question de survie dans l’entonnoir implacable du monde de l’autoédition.

Existe-t-il un cursus de formation des romanciers ?
C’est la question logique qui suit le constat : si l’entonnoir est aussi étroit, comment faire pour ne pas rester bloqué sur la paroi ? Faut-il s’inscrire à une école ? Passer un diplôme ? Existe-t-il un « BTS romancier » qui vous donnerait le droit de porter le titre ?
La réponse courte est : non.
Si vous allez voir l’Onisep, ils vous diront certes que ce « métier » est accessible en général au niveau bac +3, ils vous diront surtout qu’il n’existe aucun diplôme spécifique obligatoire pour devenir écrivain. On ne devient pas romancier par un titre scolaire, mais par la pratique, par la publication et – surtout – par la reconnaissance, soit du public et/ou (le plus souvent « ou ») de la critique. Personnellement, dans mon parcours de romancier tant publié à compte d’éditeur que depuis mon retour au statut d’auteur indépendant, personne ne m’a jamais demandé le moindre diplôme.
La plupart des romanciers ont néanmoins fait des études de lettres, de journalisme ou de cinéma. Mais ce n’est qu’un chemin parmi d’autres, pas une règle, et nombre d’auteurs de bestsellers ont un tout autre background.
Pourtant, pour ceux qui ne veulent pas s’improviser auteur.e du jour au lendemain, un écosystème s’est construit. On peut diviser ces parcours en trois grandes familles :
1. La voie académique : l’écriture comme discipline universitaire. Depuis quelques années, l’université a ouvert ses portes à la création pure. Ce ne sont pas des « écoles de romanciers » au sens strict, mais des formations qui offrent une colonne vertébrale solide. On parle ici de Masters de création littéraire (comme à Paris 8, Toulouse ou Limoges) ou de Diplômes Universitaires (DU) spécialisés dans l’écriture créative.
Ici, on ne fait pas que « raconter des histoires » : on étudie la théorie, on participe à des ateliers, on travaille sur son projet de création comme sur un véritable objet de recherche. C’est une approche lente, profonde, qui vise à construire une voix.
2. La voie privée : l’expertise ciblée. Si vous cherchez quelque chose de plus direct, de moins « académique », il existe tout un monde de formations privées. Certaines écoles spécialisées, comme l’École d’Écrivains, proposent des modules longs, souvent par correspondance, pour ceux qui veulent un suivi régulier sans forcément retourner sur les bancs de la fac. On y travaille le style, l’intrigue, la psychologie des personnages. C’est une approche chirurgicale du métier.
3. Le mode « commando » : les ateliers longs. Et puis, il y a ceux qui veulent des résultats. Certains ateliers proposent de véritables parcours de type « roman en un an ». L’Atelier d’écriture romanesque (Mille Sabords) est ainsi un quasi-cursus. Un calendrier précis, un groupe restreint, des dizaines d’heures de travail et un objectif unique. Ça a le goût de l’école, ça ressemble à l’école, ça offre un objectif aussi : avoir une première version (V1) de votre manuscrit prête à être envoyée aux éditeurs. C’est l’option pour ceux qui ne veulent pas seulement « apprendre à écrire », mais qui veulent finir un livre.
En résumé… Il n’y a pas de chemin unique, pas de voie royale tracée par l’État. Il y a des Masters pour la structure et la théorie, des écoles privées pour la technique, et des ateliers intensifs pour le passage à l’acte.
Cependant, avant que vous ne perdiez votre temps et/ou votre argent dans des formations longues et coûteuses, examinons le parcours réel des principaux auteurs de bestsellers français de ces dernières décennies, et voyons voir si un seul de ces derniers est issu de tels cursus.

Pas d’école spécifique, sinon celle de la vie… et des histoires.
On pourrait être tenté de croire qu’il existe une recette secrète, un passage obligé par les bancs d’une grande école de lettres ou un Master prestigieux en création littéraire pour devenir auteur de bestseller. On imagine ces derniers comme érudite, de purs produit des facultés de droit ou de lettres, ayant poli leur plume dans le secret des bibliothèques universitaires. Rien n’est plus faux.
Regardons de plus près cette liste des noms qui trônent en tête des ventes, et examinons leur background. Rien de tel pour faire s’effondrer le mythe
Michel Bussi ? Chercheur au CNRS, enseignant en fac, géographe électoral. Rien à voir avec l’écriture créative.
Virginie Grimaldi ? BTS action commerciale en alternance puis responsable en banque. C’est votre banquière en somme. Des études de lettres ? Pas plus que de chihuahuas roses dansant la Carmagnole sur la face cachée de la Lune !
Gilles Legardinier ? Un pyrotechnicien de plateau de cinéma devenu réalisateur. Il est ensuite passé par la case scenario puis a été responsable des envois des service presse dans une maison d’édition. De quoi se bâtir un sérieux réseau de contacts qui peut être bien utile au moment de tenter de se faire publier, mais aucunes études particulières. À noter : le passage par la case « cinéma » bien utile pour la rédaction de bestsellers visuels, comme le public en demande.
Bernard Werber ? Un journaliste scientifique ayant appris son métier sur le tas, ancien étudiant en criminologie.
Raphaëlle Giordano ? Une créative en agence de communication et coach en créativité, fondatrice d’une agence de coaching en créativité pour entreprises. Une entrepreneuse quoi. Son background scolaire : l’école Estienne. Les arts graphiques donc. Rien à voir avec l’écriture donc.
Guillaume Musso ? Un ancien prof d’économie et de sciences sociales. Votre prof d’éco au lycée quoi. Des études de lettre ? Que nenni…
Marc Levy ? Un entrepreneur dans l’image de synthèse avant de devenir architecte. Là on est carrément chez le geek, loin de l’image feutrée de l’auteur du quartier latin.
Le constat est sans appel : aucun d’entre eux n’a un « Master de romancier » ou un truc du genre comme base. Nul n’a de filière « écriture créative » dans son parcours. Moi-même, bien que n’ayant à date pas leur succès, je suis passé par un bac scientifique, un DUT en informatique avant des études en audiovisuel. Et j’ai de justesse eu la moyenne au bac de français.
Ce qui frappe dans le parcours de ces auteurs que vous connaissez tous, ce n’est pas l’absence de diplôme – beaucoup ont un niveau d’études élevé – mais la diversité totale de leurs passés : géographie politique, commerce, arts graphiques, droit ou journalisme. À peu près tout sauf ce qui devait les destiner à devenir célèbres grâce à leur plume.
Alors, comment ont-ils fait ? Si le diplôme n’est pas la clé, qu’est-ce qui les a menés au sommet ?
En analysant leurs trajectoires, on ne trouve pas une formation, mais trois constantes invisibles :
1. Une première vie professionnelle (le réservoir à histoires) :
Tous ont eu une carrière avant de vivre de leur plume. Et cette carrière n’est pas un temps perdu, c’est leur matière première. Bussi puise dans la géographie pour construire ses intrigues ; Werber utilise sa rigueur de journaliste pour vulgariser la science ; Giordano transpose son expertise en psychologie et créativité dans ses récits. Leur métier précédent est le carburant de leur fiction.
Moi-même, je me sers de mon passé de monteur vidéo pour donner un rythme, écrire mes romans comme des films que vous pouvez aisément visualiser dans vos têtes. Je me sers aussi de la rigueur scientifique apprise lors de la première partie de mon cursus pour bâtir des intrigues « carrées », et aussi remonter aux sources d’une information.
2. Une pratique de l’ombre.
Ils n’ont pas attendu d’être « auteurs » pour écrire. Ils ont écrit pendant qu’ils faisaient autre chose. Grimaldi écrivait des poèmes et tenait un blog ; Giordano remplissait des carnets de croquis et d’histoires depuis l’enfance ; Legardinier pratiquait la narration via le cinéma et les scénarios. L’écriture ou au moins la narration n’était pas leur métier, mais c’était leur obsession. Ils ont toujours été « raconteurs d’histoire ». Ainsi si on vous dit : « Tonton / tata, qu’est-ce que tu racontes bien les histoires ! », dites-vous que vous êtes déjà tous les diplômes qu’il faut pour vous lancer.
Le succès ne vient pas de ce que vous avez étudié, mais de ce que vous avez vécu et de la manière dont vous parvenez à le raconter.

Comment savoir si on est fait pour écrire ? Et surtout : quand est-on « prêt » ?
C’est la question qu’au fond nombre d’auteurs qui s’ouvrent à moi lors de mes séances de dédicaces me posent. Celle qui paralyse nombre d’entre vous avant de poser le premier mot. Vous attendez un signe, une illumination, ou ce fameux moment où l’on se sentira enfin « assez bon » pour oser.
Sauf que ce moment… n’arrivera jamais. Ou du moins pas tout seul. Si vous attendez d’avoir maîtrisé la structure narrative, le style parfait et les rouages du marché pour commencer, vous ne commencerez jamais.
Alors, comment savoir si vous êtes fait pour ça ? Quand pouvez-vous être certain.e d’être prêt.e ?
Le test psychologique : l’obsession versus la peur.
Il n’y a pas de diplôme pour mesurer votre passion, mais il y a cependant des signes qui ne trompent pas. En règle général, on est prêt à se lancer quand :
- L’histoire nous hante. Quand elle cesse d’être une idée passagère et vite oubliée. Quand elle revient sans cesse, comme une évidence. Un besoin de raconter. Quand l’univers, les personnages, des bouts de dialogues, un message reviennent en boucle depuis des semaines, voire des mois.
- La frustration l’emporte sur la peur. Si l’idée de ne jamais essayer vous rend plus mal à l’aise que la peur de faire un « mauvais livre », alors vous avez déjà la fibre.
- Vous acceptez l’imperfection. Vous comprenez que votre premier jet n’est pas votre chef-d’œuvre, mais au moins votre terrain d’entraînement, qui sera toujours perfectible. Écrire, c’est apprendre. Et on apprend en faisant des erreurs, pas en les évitant.
Le test logistique : la gestion du chaos.
Le « bon moment », ce n’est pas une question de calendrier. On ne devient pas écrivain quand on a un mois de vacances devant soi, mais quand on accepte de faire de la place dans le temps qu’on a déjà.
Le bon moment, c’est quand vous êtes capable de vous octroyer des créneaux horaires pour écrire, fussent-ils dérisoires : trente minutes le matin, une heure le soir, ou un bloc le week-end… n’attendez pas que le temps se libère par magie. Le temps, quand ça devient une nécessité d’écrire, on le prend. L’écriture doit cohabiter avec votre vie, vos impératifs et vos doutes, et non attendre qu’ils disparaissent.
Le verdict : les trois questions de vérité.
Si vous voulez sortir du doute et passer à l’action, posez-vous ces trois questions. Soyez honnêtes avec vous-mêmes : personne ne vous jugera, quelles que soient vos réponses.
- Est-ce que j’accepte que mon premier manuscrit soit potentiellement très moyen ?
- Est-ce que je peux protéger au moins trois créneaux par semaine dans mon emploi du temps actuel ?
- Est-ce que l’idée de ne rien tenter me rend plus mal que la peur d’échouer ?
Si vous avez répondu oui aux trois, félicitations et bienvenue à bord de l’aventure : tous les feux sont verts. Mettez-vous à écrire tout de suite !
Le « bon moment » n’est pas un état magique ou une sensation de plénitude. C’est simplement le moment où vous décidez de traiter votre projet comme un vrai travail : avec du temps, de la patience et, surtout, le droit absolu à l’imperfection.
Par quoi commencer quand on veut écrire un roman ?
La checklist est très courte :
- Finir un premier jet,
- Écrire régulièrement,
- Ne pas viser la perfection,
- Lire énormément,
- Accepter les mauvais débuts.
Et voilà ! Alors, c’est pas la mort, ou bien ?

Ma propre histoire.
Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé les histoires.
D’abord les BD (Tintin, Astérix) puis les romans d’aventure et d’anticipation : Jules Verne, Conan Doyle (Le monde perdu), H.G. Wells (La machine à explorer le temps), Tolkien… Très tôt, l’imaginaire devient chez moi une seconde nature.
En parallèle, je dévorais les films de Spielberg, Zemeckis ou Joe Dante grâce au magnétoscope arrivé à peu près au même moment au sein de notre foyer. Des films comme les Star wars, Indiana Jones, Retour vers le futur, Rencontres du 3e type, l’aventure intérieure, ET… Sans le savoir, mon cerveau apprenait à raconter des histoires en images.
Puis arriva le choc. À 17 ans, je découvre Jurassic Park de Michael Crichton, juste avant son adaptation au cinéma. Je lis le roman presque d’une traite, avec une sensation étrange : celle de voir un film se dérouler dans ma tête. C’est là que je comprends quelque chose de fondamental : on peut devenir réalisateur avec un simple traitement de texte.
J’ai alors écrit mes premières nouvelles sur un Atari ST, dans un éditeur BASIC totalement inadapté à cet usage. Mais peu importe l’outil. L’essentiel était ailleurs : j’avais commencé.
En 1997, je suis alors étudiant en informatique. À l’origine, je me voyais plutôt devenir professeur, mais le monde universitaire et moi n’étions manifestement pas faits pour nous entendre. Comme j’étais « toujours derrière un ordinateur », on m’oriente donc vers l’informatique. Au fond, je n’y étais pas totalement malheureux. J’aimais résoudre des problèmes, programmer, comprendre comment les choses fonctionnaient. Mais ce qui m’attirait réellement, c’était déjà la création.
Puis arriva Le Cinquième Élément :
Je découvre le film dans un cinéma strasbourgeois en pleine période étudiante, et là, quelque chose s’aligne dans ma tête. L’énergie visuelle, le rythme, l’univers… Je comprends que c’est ce genre d’histoires que j’ai envie de raconter. Je prends alors une décision simple : diplôme ou pas diplôme, dès mes études terminées, je bifurquerai vers l’audiovisuel.
C’est pile ce que je fais dès l’année suivante.
Au début des années 2000, diplômé d’une école d’audiovisuel parisienne. je deviens monteur vidéo en Suisse. Techniquement, je suis enfin dans le bon univers. Mais les projets qu’on me confie ne me passionnent pas vraiment. Je gagne ma vie dans l’image, mais sans raconter les histoires qui germent en moi.
Pendant ce temps, pourtant, quelque chose continue de travailler en arrière-plan. J’écris. Des nouvelles. Quelques textes plus longs. Des débuts de romans aussi. Rien de très structuré encore, mais le besoin est là.
Sauf qu’à cette époque, l’écriture partage encore la place avec d’autres passions dévorantes : la photographie, la musique assistée par ordinateur, l’image… Je papillonne beaucoup. Je crée dans toutes les directions. Avec le recul, je crois simplement que ce n’était pas encore le bon moment.
Puis le temps passe. Et vers 2015, cette fameuse quarantaine commence doucement à frapper à ma porte. Un âge étrange où beaucoup de choses deviennent soudain très concrètes. On commence à comprendre que certaines envies ne pourront pas être repoussées éternellement. Je rouvre alors un vieux répertoire rempli de projets abandonnés. Des projets souvent pas terribles, mais parmi eux j’en trouve deux : Projet Galaxie et C’est arrivé en septembre.
Très vite, je réalise que ces deux idées peuvent en réalité n’en former qu’une seule. L’histoire se restructure alors, trouve enfin sa cohérence. Et surtout, elle change de titre autant que de saison. Ce sera C’est arrivé en avril,
Mais malgré l’enthousiasme, le doute reste immense. Une question me hante : suis-je réellement capable de tenir un roman entier ? Pour me rassurer, j’en arrive à une méthode absurde mais révélatrice : je recopie des pages entières de bestsellers afin de visualiser physiquement le volume nécessaire. Mon objectif est simple : atteindre au moins la taille de Et si c’était vrai de Marc Levy.
Au final, C’est arrivé en avril fera presque le double.
Pourtant, je n’ose toujours pas envoyer le manuscrit aux éditeurs. Au fond de moi, je sais une chose : si ce premier roman est refusé partout, j’abandonnerai probablement.
Alors je fais quelque chose de très important sans encore le comprendre : je continue.
J’écris un deuxième roman. Il deviendra La fille de demain.
Mais un problème persiste. Quelque chose sonne faux dans mes textes. Je les fais lire autour de moi, et les réactions reviennent souvent sous des formes différentes : « C’est moderne… mais il y a quelque chose de daté. »
Pendant longtemps, je ne comprends pas. Puis ma mère met le doigt dessus avec une simplicité désarmante : « Pourquoi tu écris “Il s’empara”, “Elle le regarda”… ? Ton style est visuel. Mets “Il s’empare”, “Elle le regarde”. »
Et soudain, tout devient évident. J’avais appliqué mécaniquement ce qu’on m’avait appris à l’école : les temps du passé pour le récit. Sauf que mon écriture, elle fonctionnait déjà comme une caméra. Elle avait besoin de présent, de mouvement immédiat, d’images en train de se produire. Je réécris alors entièrement mes romans au présent de narration. Et cette fois, quelque chose fonctionne enfin. J’accepte donc de franchir le pas et d’envoyer mes textes aux maisons d’édition.
Ils sont refusés. Partout. Mais paradoxalement, ces refus vont aussi ouvrir certaines portes. La fille de demain devient finaliste de l’aventure Nouvelles Plumes chez France Loisirs. Puis C’est arrivé en avril connaîtra le même parcours l’année suivante.
Surtout, cette expérience me permet de rencontrer des auteurs, de comprendre le fonctionnement réel du milieu éditorial et de regarder l’autoédition autrement, non plus comme un « plan B », mais comme une voie possible.
En 2019, C’est arrivé en avril paraît finalement en autoédition, via Librinova.
Le roman trouve son public. Et ce succès finit par m’ouvrir, quelques années plus tard, les portes de l’édition traditionnelle avec Le livre qui parle de toi.
Alors non, mon parcours n’a rien d’un modèle universel. Il ne prouve pas qu’il existe une recette miracle pour devenir romancier. Mais il prouve au moins une chose :
on peut venir de n’importe où.
De l’informatique.
De l’audiovisuel.
De la photographie.
De la musique.
D’un parcours totalement incohérent sur le papier.
Parce qu’au fond, les histoires se moquent des diplômes. Elles attendent simplement qu’on finisse par les écrire.

Alors… comment devient-on vraiment romancier ?
Au fond, après tout ce que nous venons de voir, la réponse reste presque absurdement simple : on devient romancier en écrivant.
Pas quand on obtient un diplôme.
Pas quand on reçoit enfin « l’autorisation » de se lancer.
Pas quand on se sent prêt, légitime ou suffisamment talentueux.
On devient romancier le jour où l’on cesse d’attendre et où l’on commence réellement à raconter des histoires.
Oui, le monde de l’édition est difficile. Oui, les statistiques sont violentes. Oui, la majorité des manuscrits échouent à franchir les différents filtres du métier. Mais cette réalité ne doit pas être interprétée comme une interdiction d’essayer. Elle doit simplement vous rappeler que l’écriture n’est pas une identité que l’on reçoit : c’est une pratique que l’on construit.
Et finalement, c’est peut-être ça, le point commun entre tous les auteurs dont nous avons parlé. Aucun n’attendait d’être « officiellement écrivain » pour écrire. Ils écrivaient déjà avant. Parce qu’ils en avaient besoin. Parce qu’ils avaient quelque chose à raconter. Parce que certaines histoires refusent simplement de rester silencieuses.
Alors si une idée vous obsède depuis des mois, si vous imaginez des scènes sous la douche ou dans votre voiture, si vous repoussez sans cesse ce projet tout en y revenant constamment, il est peut-être temps d’arrêter de vous demander si vous êtes fait pour écrire.
Et peut-être simplement temps… de vous y mettre !
Bienvenue parmi nous, chèr.e futur.e collègue 🙂
