Dédicace chez Littera à Mulhouse – 19 avril 2025 : Fame !

19 avril 2025. Chez les Meisburger, le samedi, ce n’est pas ravioli. Si un autre plat transalpin est notre tradition culinaire de ce jour, avant le gueuleton, et si on repartait en dédicaces ? Celle du jour me mènera à la librairie Littera – Rougier & Plé de Mulhouse.

Allez, hop direction la gare pour prendre le train, mais d’emblée, la journée commence par une surprise de taille. Juste avant de partir, je découvre un message sur mon portable : « Votre train à destination de Mulhouse est annulé ». Super !

Aussitôt, c’est le branle-bas de combat. Je dois me trouver un plan B. Vite. Je vais finir par le débusquer de justesse, et c’est donc après cette première aventure que je débarque devant les portes de la librairie quelques secondes avant que celle-ci n’ouvre ses portes. Ouf ! Ce premier coup de stress du matin n’aura donc aucun impact sur ma journée, même s’il m’a valu quelques sueurs froides.

Très vite je suis accueilli par l’équipe, à commencer par Valérie, la libraire en chef, toujours d’un bon conseil. En plus de me servir un délicieux café et de m’apporter une bouteille d’eau, elle m’informe qu’un des quatorze exemplaires de « La fille de demain » que je lui ai livré la semaine précédente et qu’elle a mis en rayon durant la semaine est déjà parti dans les mains d’un client, avant même ma séance de dédicace, preuve que lorsque les gens sont exposés à mon roman dans un cadre où ils se laissent un peu de temps au temps – bref, où ils ne sont pas en mode scroll sur leur portable – le roman en l’état est parfaitement vendeur.

Comme je ne veux pas charger l’équipe, je réalise moi-même mon cliché annonçant ma présence à la dédicace, réglant mon smartphone en mode Selfie. Quelques instants plus tard, le cliché est publié sur les réseaux : la séance de dédicaces est donc officiellement lancée !

Au début, il y a assez peu de monde dans la librairie. Mes fidèles marque-pages ne me sont donc que de peu d’utilité. Je sens surtout que je vais devoir monter mon niveau de jeu : même si la fréquentation de la Librairie est excellente pour ce type d’établissement, elle n’a rien à voir avec celle d’une grande surface. Je me rends aussi compte que le public de ce matin est relativement âgé, et n’a pas l’air dans le trip « thriller SF à la Netflix » de « La fille de demain » : je vais donc devoir être assez vague si je veux tenter de la vendre, et que si la première version de la couverture mettait en scène une fille au grand regard de myope, le flou sera aujourd’hui mon meilleur allié.

Le jeu est-il dangereux ? Bien sûr. Mais surtout, il vaut la chandelle : très vite, et surtout en très peu de mots, passant stratégiquement sous silence l’origine futuriste de Caillean, vendant mon « Retour vers le futur » en omettant soigneusement l’équivalent maison de la Delorean, je parviens à vendre ma « Fille de demain » à Nathalie, Sylvie, Lucas, et au couple formé par Isabelle et Michael, tandis que Brigitte et Véronique s’envoleront quant à elles aux côtés de Rainbow, cap sur « L’inaccessible étoile« , là où Nicolas se laissera séduire par Karine et Vincent, les héros de « C’est arrivé en avril« .

C’est donc sur ces sept ventes que se terminera ma matinée chez Littera. Sept ventes à l’heure de la pause déjeuner, soit pile-poil le chiffre que j’avais fait en décembre 2023 à la même heure dans la même librairie. Ça sert aussi à ça ces comptes-rendus : à garder une trace de ce genre d’éléments. À noter que pour la première fois, « Le livre qui parle de toi » n’a pas ouvert son compteur, faute notamment de sa clientèle type, composée principalement de femmes entre 30 et 45 ans.

Les étiquettes des libraires chez Littéra - Rougier & plé à Mulhouse - 19 avril 2025
Les étiquettes des libraires chez Littéra – Rougier & plé à Mulhouse – 19 avril 2025

Après une rapide pause déjeuner, retour aux dédicaces. Si d’habitude dans cette librairie, c’est assez calme en début d’après-midi, cette fois, il y aura du monde. C’est d’ailleurs étonnant par le beau temps qui règne dehors. Cependant, ce sera un public particulier. Un public désireux de dénicher la nouveauté ou la perle rare seul, sans interaction, et sans démarchage quelconque. Ainsi certains clients me font comprendre que mon démarchage actif à coup de marque-pages n’est pas à leur gout et que je ferais mieux d’attendre qu’on s’intéresse à moi sans rien faire.

Sauf que s’attendre qu’on s’intéresse à moi sans rien faire, ça n’a jamais marché, et ça ne marche pas davantage. Si pour le moment mes marque-pages ne me sont d’aucune utilité, ne pas les dégainer ne fonctionne pas mieux. Bien que me situant à deux mètres du présentoir révélant les meilleures ventes de la librairie, avec ou sans marque-pages, je demeure invisible. Pas un regard envers moi. Deux hypothèses possibles : soit tout ce petit monde est aveugle, soit ils ont délibérément décidé de zapper « l’auteur local » qui tenterait de leur vendre ses romans. Comme leurs yeux sont braqués sur les quatrièmes de couverture qu’ils lisent avec soin, j’ai ma réponse…

Je reprends donc ma stratégie des marque-pages. Grâce à elle, j’arrive à aborder des clients, qui me confirment une tendance que je remarque grandissante depuis quelques dédicaces, toutes librairies confondues : la répulsion de plus en plus grande vis-à-vis de toute histoire « inventée » (même réaliste), au profit de témoignages, d’histoires « vraies », « vécues » et de romans historiques basés sur des faits réels avérés. Soit à peu près tout ce que je n’écris pas.

Un autre élément me frappe : même auprès des rares jeunes femmes que je parviens à aborder, celles-là mêmes qui, dans cette même librairie, ne juraient que par le « feel good » il y a deux ans ne… se souviennent même plus de ce genre littéraire ! « Fil quoi ? » qu’elles me disent. Et voilà, ce n’était qu’une « tendance » volatile. Brûle ce que tu as adoré… même la romance, genre que toutes les lectrices de moins de trente ans m’évoquaient régulièrement il y a deux mois encore n’est évoqué que par une seule (jeune) lectrice.

Troisième constat : la désaffection du livre broché. La raison : le temps. On n’a de temps pour lire qu’en vacances, or emmener un broché dans ses bagages, ça prend trop de place. Hors du poche, point de salut donc. Aurais-je alors dû ramener des poches du « Livre qui parle de toi », mon unique roman disponible dans ce format ? Réponse : non. Pourquoi ? Car sous ce format, ce dernier est… trop épais ! Bref, pour vendre de nos jours, il faut un roman non seulement au format poche, mais court. Voilà comment une lectrice potentielle du « Livre qui parle de toi », qui me le refuse pour ces raisons-là et que je redirige alors vers la version de poche de « Tout le bleu du ciel » de Melissa Da Costa me refuse ce dernier aussi : trop épais. Elle finira par prendre « L’étranger » de Camus, un roman qui a valu à son auteur le prix Nobel de littérature, mais qui surtout, surtout a le bon goût de ne peser que 170 pages dans son édition de poche. Ça tient dans la valise, c’est tout bon !

Sur les coups de quatorze heures, enfin j’arrive à reprendre les ventes. En quelques minutes, trois jeunes femmes entrent et sont séduites par mon pitch désormais plus que rodé du « Livre qui parle de toi », dont je vends trois exemplaires d’une traite ! Merci donc à Éva, Marie-Éline et Parissa de m’avoir fait l’honneur de se lancer dans la chasse à leur trésor au côté d’Aurélie. La tendance serait-elle en train de se retourner, annonçant l’arrivée d’un public plus familial ? Ce que j’ignore alors que je signe l’exemplaire dont Parissa fait l’acquisition, c’est que ce sera là mon ultime « livre qui parle de toi » que je vendrai de la journée.

Grâce à ces trois ventes, je passe enfin la barre des dix exemplaires écoulés. C’est alors que Valérie, la libraire en chef vient me voir, un exemplaire de « La fille de demain » entre ses mains. Un exemplaire dédicacé – celui de Lucas – un livre jamais passé par les caisses, abandonné par son (non-)client au rayon des polars. Un exemplaire désormais invendable. Valérie me révèle qu’elle n’a eu ce cas de figure qu’une fois avant, mais que ce fut déjà avec moi, lors de ma dédicace de décembre 2023, où le même phénomène s’était reproduit avec un exemplaire du « Livre qui parle de toi » à l’époque. Je lui explique que c’est le revers de la médaille d’être un vendeur efficace : on parvient à vendre à des gens qui n’auraient pas été immédiatement séduits, mais qui du coup se ravisent parfois avant de passer en caisse. Cependant, le jeu en vaut la chandelle : pour une mésaventure de ce genre, combien de clients qui n’auraient pas acheté mes romans sans mes démarches proactives sont-ils passés en caisse ? Largement davantage.

Cependant, ce genre de nouvelles met un coup au moral. De dix ventes, je repasse à neuf. Le palier franchi ? Tout est à refaire ! Forcément, ça va influer sur mes qualités de vendeur…

Les prochaines personnes que j’aborde m’écoutent, semblent parfois sincèrement séduites, mais finissent par m’avouer qu’elles s’interdisent désormais l’achat d’impulsion. S’étant trop de fois senties flouées non par moi, mais par un livre acheté sur un coup de tête, elles se retrouvent à présent avec une pile à lire montant jusqu’au plafond, et un manque évident de temps pour tout lire. Résultat : lorsque l’achat reste une option, il est réservé aux valeurs sures. Prière donc de devenir une star. Ça me rappelle une discussion eue avec une amie enseignante, qui se plaignait de voir ses élèves tous rêver de devenir célèbres, là où elle les poussait plutôt à vouloir réussir leur carrière professionnelle. Je me souviens lui avoir dit « Et si en souhaitant devenir célèbres ils t’avaient tout simplement écouté, et surtout compris leur époque ? ».

Que faire alors ? Tenter d’appeler le numéro du casting de Secret Story ? Même si je le faisais, l’effet ne serait pas immédiat. Je dois devenir une star, mais surtout avant ce soir. Mission impossible ? C’est là que je trouve l’idée qui va tout changer : à huit mètres de moi se trouve un présentoir. Sur ce dernier, que des bestsellers. Le dernier Bernard Minier, la célébrissime « Femme de ménage » (LE bestseller de l’année) et… un espace vide ! Et si j’allais y poser deux exemplaires de ma « Fille de demain » ? À côté de « La femme de ménage », ma « Femme qui déménage » ? Ni une ni deux j’y vais, et place ma Caillean juste à côté de Millie (l’héroïne de « La femme de ménage »). Sur un malentendu, ça peut marcher comme qui dirait.

"La fille de demain" en bonne compagnie chez Littéra - Rougier & plé à Mulhouse
« La fille de demain » en bonne compagnie chez Littéra – Rougier & plé à Mulhouse

Très vite, ça fonctionne. À peine dix minutes plus tard, une lectrice le prend, retourne la quatrième de couverture, se laisse conquérir, se rend en caisse avec le roman, mais juste avant de le payer, une amie avec laquelle elle est venue lui repère « La psy« , le nouveau roman de l’autrice de « La femme de ménage ». L’impact est fatal. « La psy » passe en caisse, « La fille de demain » retourne sur le présentoir. Fame, that’s the name of the game…

Pourtant après ce premier loupé, l’astuce va finir par payer. Non pas que les romans sur les présentoirs vont être achetés, mais parce qu’ils crédibilisent ceux présents à ma table de dédicace. De nombreux hésitants qui me quittent initialement sans acheter reviennent me voir après l’avoir vu sur ce présentoir. Dans leur regard quelque chose comme : « Hé, je ne le connaissais pas, mais si son bouquin était à côté de ‘La femme de ménage’, c’est que ce mec doit être une méga star ! ». Autre alternative : alors que je discute avec les gens, je lance un regard vers le présentoir, celui des gens suit, ils voient mon roman à côté des bestsellers du moment et hop, vente !

C’est ainsi que, durant l’après-midi, j’écoulerai encore « La fille de demain » auprès de Florence, Adrien, les deux frères Paul et Samuel, Sarita et enfin Ojo, là où le seul autre livre qui parviendra a se faire une petite place sous un lointain soleil sera « L’inaccessible étoile », dont je vendrai un troisième et ultime exemplaire.

Sur les coups de 17h45, Valérie vient me voir pour dresser le bilan officiel de la journée, validé par l’ordinateur de bord de la caisse enregistreuse. Verdict des courses donc : un « C’est arrivé en avril », trois « Le livre qui parle de toi » à ex aequo avec « L’inaccessible étoile », et huit « La fille de demain » – qui à elle seule dépasse 50% de mes ventes ! – chiffre auquel il faut ajouter l’exemplaire vendu durant la semaine.

Avant que je ne remballe mon barda, Valérie me demande si je peux lui laisser les quatre exemplaires de « La fille de demain » restants, afin de les vendre en dépôt-vente. J’accepte bien sûr, et je devine qu’au-delà des chiffres de la journée, un membre de leur équipe a dû le lire et l’a sans doute validé comme roman à potentiel commercial évident. Sans doute figurera-t-il bientôt dans leurs rayons, surmonté d’une des fameuses étiquettes de « retour libraire » qui fait la spécificité de cette librairie… merci Valérie ! Donc si vous êtes sur Mulhouse, n’hésitez pas à aller acheter « La fille de demain » chez Littera ! 🥰

Bilan de la journée donc ? Merci à Nicolas qui emboîtera le pas de Karine et Vincent dans « C’est arrivé en avril », à Éva, Marie-Éline et Parissa qui chercheront leur trésor en compagnie d’Aurélie dans « Le livre qui parle de toi », à Brigitte, Véronique at au trio des « Tigres de Mulhouse » qui quant à eux s’envoleront aux côtés de Rainbow dans « L’inaccessible étoile », et enfin un immense merci à Nathalie, Isabelle et Michael, Sylvie, Florence, Adrien, les deux frères Paul et Samuel, Sarita et Ojo qui partiront en cavale aux côtés de Caillean et Vincent dans « La fille de demain » qui plie à nouveau le match, avec la complicité bien involontaire de « La femme de ménage » 🙂

En chiffres cela nous donne 1 « C’est arrivé en avril », 3 « L’inaccessible étoile », 3 « Le livre qui parle de toi  » et 8 « La fille de demain » pour un total de 15 romans vendus. Mon plus mauvais score dans cette librairie, mais bon… entre le beau temps et surtout les gens qui n’ont plus le temps d’avoir le temps, les temps sont durs tant pour les auteurs que pour les libraires, dont tant mériteraient que des temps plus doux ne se pointent… à temps.

Merci donc à tou.te.s ces lectrices et lecteurs qui se sont emparés de mes romans, et surtout un immense merci à Valérie, Fabio et toute l’équipe de la librairie Littéra pour m’avoir à nouveau ouvert leurs portes à l’occasion de « La tournée de demain ».

À bientôt pour de nouvelles aventures !