Samedi 16 décembre 2023. Comme à l’accoutumée depuis la sortie de mon nouveau roman « L’inaccessible étoile » (M+ Éditions), mes week-ends sont dédiés aux dédicaces, et celui-ci ne fera pas exception.
À l’heure où toute la rue dort, je me lève et prends le chemin de la gare. Objectif : ne pas rater le train de 7h29, qui, après un changement à Colmar, m’amènera à Munster sur les coups de 9h. Munster… comme le fromage ? Oui ! C’est dans cette capitale gastronomique nichée au cœur d’une vallée des Vosges Alsaciennes que Rainbow tentera d’ouvrir les ailes et les yeux de mes futurs lecteurs, à qui j’ai donné rendez-vous à la librairie Carpe Diem, la librairie indépendante chère au cœur des Munsterois, qui m’avait fait l’honneur de m’accueillir sur son stand au festival du livre de Colmar.
À peine sorti de la gare, je file à la librairie, située trois rues plus loin. Dès que j’en pousse la porte, j’entre dans un autre monde, comme une sorte de caverne d’Ali Baba livresque, où le temps semble s’être arrêté à une époque où les gens lisaient encore. Derrière le comptoir, Mathilde, une libraire qui semble sortie droit des contes de Laetitia Paillard (les écrits de Léti) et Maxime, libraire volant envoyé par la Confédération Interprofessionnelle du livre (CIL) la seconder, la patronne des lieux étant toujours en arrêt maladie. Allez courage Sarah, remonte vite la pente : ta librairie t’attend !
Alors que Mathilde s’occupe des clients présents, Maxime m’installe. Mon QG pour la journée ressemblera à un de ces pupitres d’écoliers d’antan, à l’époque où les maîtres qui n’étaient pas encore des professeurs des écoles n’avaient pas à faire la police du smartphone. À la librairie Carpe Diem, ils n’auraient toujours pas eu à le faire : tentez une fois d’y capter du réseau, vous comprendrez…
Néanmoins, le smartphone servira quand même, pour réaliser ma photo d’auteur, cadrée par les soins de Maxime. Une fois cette formalité effectuée, place à l’action ! Un rapide coup d’œil et je repère la spécificité des lieux : Carpe Diem, c’est commandes-land ! À croire que Munster est ce petit village Gaulois qui toujours et encore résiste à Amazon, et dont la potion magique est leur librairie locale dont le téléphone ne cesse de sonner. Du coup, lorsque les clients poussent la porte de l’établissement, c’est… pour venir récupérer leur commande ! Et moi, comment je vais faire pour leur placer mes livres alors ?
Très vite, une stratégie s’élabore. Ralentie par les commandes incessantes, impossible pour la libraire de satisfaire tout le monde. Immanquablement, une file d’attente se forme, pleine de clients venus récupérer les trésors commandés au cours de la semaine. Problème : cette file d’attente empêche les lecteurs d’atteindre ma table de dédicace ! Qu’à cela ne tienne : si tu ne peux venir à mes romans, mes romans viendront à toi, ou du moins mes désormais légendaires marque-pages. Grâce à eux, j’attise la curiosité, et lorsqu’une personne ose sortir de la file d’attente pour venir m’écouter, je m’arrange pour faire porter ma voix alors que je lui pitche mes romans, histoire que tous ceux qui attendent puissent en profiter.
Et ça marche ! Grâce à cette technique, au cours de la seule matinée, je parviens à placer « L’inaccessible étoile » entre les mains de Lili, Nicolas, Catherine, et de François, tandis que Rebecca, Fanny, Fabrice, Sylvie, Florence, Agnès et Marielle craqueront pour la version poche du « Livre qui parle de toi ».
Alors que j’achève la dédicace pour Marielle, une jeune femme sort de la file d’attente et me demande : « C’est vrai, l’héroïne de votre roman s’appelle Aurélie ? ». « Oui » que je lui réponds. Sans attendre, elle m’annonce alors s’appeler elle aussi Aurélie… et hop, une lectrice conquise de plus !
J’achève donc ma matinée sur 4 « Inaccessibles étoiles » de vendues, tandis que le prix et le format poche aidant, Aurélie et son « Livre qui parle de toi » auront conquis huit lecteurs… dont sept lectrices. 12 ventes pour une matinée, pas mal du tout !
Puis arrivent les heures creuses de midi. Je discute un peu avec la libraire, fais un petit tour dans la librairie, puis, au détour d’une pile de livres, mes yeux s’arrêtent. Net. Devant moi, une couverture représentant un paysage immense, traversé par une route qui mène on ne sait où, sinon vers un horizon frappé par un éclair sublime, sous un ciel chaotique comme je les aime. Alors pour ceux qui ne le sauraient pas, en plus de l’écriture, une de mes autres passions est la photographie, et en particulier la photographie de cieux orageux. Alors quand je découvre le livre d’une traqueuse d’orages que je suis sur les réseaux sociaux, je craque : « Traqueuse d’orages » de Lauriane Galtier, une photographe renommée dans ce milieu, sera mon cadeau de Noël, que je m’offre chez Carpe Diem 🙂
Au passage, je suggère l’idée à la libraire d’inviter l’auteure de ce livre l’an prochain, à l’occasion du festival du livre de Colmar, en même temps que d’autres chasseurs d’orages connus dans le milieu (Christophe Asselin de Chroniques chaotiques par exemple). Alors, une spéciale orage sur le stand de Carpe Diem à Colmar 2024 ? Qui sait…








Mais pour l’heure, ce livre que je vous recommande va sagement m’attendre au fond de mon sac. Si dehors le ciel est au gris uniforme, à moi de faire souffler une tornade de ventes sur la librairie. Entre temps, Mathilde, la libraire du matin cède sa place à Laurette, sa collègue de l’Après-midi, puis sur le coup de 14h, les clients reviennent.
Comme le matin, ils sont tous là pour récupérer leur commande. Sauf qu’entre temps, j’ai cartographié tout le labyrinthe livresque de cette librairie, et identifié tous les interstices où mes marque-pages magiques peuvent se glisser. Très vite, Noémie et Christine vont craquer pour la version de poche du « Livre qui parle de toi », tandis que Lisiane, Anette et une seconde Christine vont craquer pour Rainbow et son « Inaccessible étoile ».
Guy aussi fera de l’œil à mon drôle d’oiseau, et lorsque je lui dirai que l’action se passe dans « une lointaine forêt tropicale, à l’autre bout du monde », il me demande où, et pour cause : le bout du monde, il connaît. Et c’est ainsi qu’au cœur de la vallée de Munster, la place des Cocotiers au cœur de Nouméa, la capitale de la Nouvelle-Calédonie est évoquée. Comme quoi, l’île de lumière chère à mon cœur est connue jusqu’aux confins de la ligne bleue des Vosges… inutile de dire que Guy repartira lui aussi avec son exemplaire de « L’inaccessible étoile » dédicacé par mes soins.
Derrière Guy, une jeune femme. Sa spécificité : elle porte un leggings coloré, résolument moderne. Or rappelez-vous que, dans mes comptes-rendus de dédicace précédents, je vous avais parlé de ce que j’appelle la « Malédiction du legging » : si bon nombre de lecteurs sont des lectrices, je ne suis jamais arrivé à vendre de livres à une femme en legging. Pourquoi ? Je ne saurai le dire. Mais face à cette nouvelle arrivante, je sens que le vent va tourner.
Marque-page en main, je l’aborde, et je découvre que mon interlocutrice – Naomi Spenle – est elle même auteure, qui cherche en ce moment à se faire repérer sur le site MonBestSeller.com, celui sur lequel Melissa da Costa, la désormais autrice n°1 des ventes (devant Guillaume Musso!) a été révélée. Souhaitons donc le même succès à Naomi… même si sur le coup, elle n’avait sur elle que la somme suffisante à régler sa commande passée quelques jours auparavant. La jeune femme repart donc de la librairie sa commande sous le bras, et mon marque-page en main… une lectrice à retardement peut-être ? Toujours est-il que même face à une auteure, la malédiction du legging continue à prouver son efficacité redoutable.
Après son départ, mon regard se tourne à nouveau vers les clients de la librairie. Pas d’autre legging en vue, je peux donc repartir en chasse ! Tour à tour Sophie, Léa et Avenas craqueront pour « Le livre qui parle de toi », tandis qu’Élisabeth, Alain et Chantal vont voler aux côtés de Rainbow dans « L’inaccessible étoile ».
Arrive à présent l’heure de fin de dédicace. L’heure de dresser le bilan de la journée. Résultat des courses : 11 « Inaccessible étoile » et 14 « Livre qui parle de toi » de poche de vendus, soit un total de 25 exemplaires. Quand Laurette, la « Libraire de l’après-midi » découvre mon chiffre, elle ne peut que constater comme ma démarche proactive s’est surtout révélée prolifique. Alors, serai-je à nouveau invité sur votre stand l’an prochain, au festival du livre 2024, en compagnie des chasseurs d’orages ? 😉
Toujours est-il qu’il est à présent l’heure pour moi de dire au revoir et de filer à la gare… qui n’est qu’un quai, où j’attendrai un bon quart d’heure dans le froid d’une soirée d’hiver, face à la montagne éclairée par un croissant de lune.
Mais ceci n’est rien comparé à ce qui m’attend à Colmar. Sur place, non seulement le train qui doit me ramener à domicile est retardé, mais une fois qu’il arrive – après à nouveau trois quarts d’heure d’attente dans une atmosphère aux températures tout à fait de saison – c’est le choc : je n’ai jamais vu un train aussi bondé… et autant de personnes sur le quai, désireuses d’y monter ! Pourtant j’ai connu le métro parisien à l’heure de pointe un jour de grève RATP, mais même ça, dites-vous que ce n’est rien à côté ! Le seul équivalent qui me vienne en tête est certains trains bondés vus dans les reportages sur l’Inde… vous voyez un peu le genre ? Je vais donc faire le chemin de retour serré comme des sardines, entre deux wagons, dans un espace de 5 mètres carrés où nous nous entasserons à vingt, entre un Suisse allemand râlant dans sa langue contre la SNCF et une Péruvienne qui me confie ne jamais avoir connu rien de tel dans son pays. Tous deux me demandent une explication face à ce phénomène. « Où étiez-vous aujourd’hui ? » que je leur demande. « Ben on a visité le Marché de Noël ! » que tous deux me répondent. Voilà. Vous avez la réponse. Sur la Côte d’Azur, le tourisme de masse, c’est Juillet-Août. En Alsace c’est décembre. Il paraît qu’on appelle ça la magie de Noël…
Toujours est-il que je finis par arriver chez moi sur le coup de 19h30. Va me falloir une soirée pour décompresser là, afin d’attaquer demain la dernière étape de mon « dédicaces tour 2023 », qui passera par l’Espace Culturel du Leclerc de Sélestat.
Patience. Je vous raconterai bientôt ces nouvelles aventures…
