Nota : pour découvrir la première partie, cliquez >ici<
26 novembre 2023, 8h29 du matin. Le ciel est encore plus sombre que la veille alors que je franchis à nouveau les portes du Parc des Expositions de Colmar, reprenant ma place de la veille dans le hall numéro 2. Je retrouve l’équipe de libraires de mon stand puis, après l’avoir remis en ordre, je file profiter du vide des lieux pour réaliser quelques clichés panoramiques de l’endroit, avant de me rendre dans les locaux de la radio qui m’avait fixé rendez-vous la veille, pour parler de mes romans. J’y retrouve avec bonheur Céline, la très professionnelle animatrice radio qui m’a démarché la veille, avec qui nous enregistrons une interview de quelques minutes, où je pitche mes différents romans, jusqu’à faire pétiller les yeux de l’animatrice… c’est bon signe ! J’en profite encore pour lui parler de quelques projets à venir… contact est pris !
Je file ensuite regagner ma table où, marque-pages à la main, je repars en chasse. Tour à tour je parviens à convaincre Catherine, lectrice de Science-fiction, de découvrir « C’est arrivé en avril », Isabelle, Nathalie, Catherine, une seconde Isabelle, Elsa et Myriam de se lancer dans un livre qui parle d’elles, tandis que Geneviève, Christophe, Véro et Céline – une blogueuse bien connue dans la région – sont tentés par L’inaccessible étoile. Une autre blogueuse, Julie du blog Ladies Coloc & blog qui avait déjà écrit une belle chronique de mon « Livre qui parle de toi » l’an dernier me filme même en plein exercice de persuasion de lectrice, découvrant qu’à présent mon discours de présentation est bien rodé, comme vous avez pu le découvrir sur mes réseaux. Bref une matinée bien remplie, riche en bonnes ventes, qui augure d’une super journée d’autant que – d’après ce qu’on dit – le dimanche après-midi serait souvent le plus faste.
Je me hâte donc de manger – avec les mêmes compagnons qu’hier – pour regagner au plus vite ma table pour une après-midi qui s’annonce comme une apothéose. À peine suis-je de retour à ma place que les visiteurs affluent. En masse, comme j’en ai rarement vu d’ailleurs. Et avec eux mes marque-pages. Sans attendre, je tends le premier. La lectrice potentielle s’avance vers moi. À son bras, un sac pour ranger sa moisson de livres. Un sac encore vide. L’un de mes romans aura-t-il l’honneur de l’inaugurer ? Toujours est-il que cette lectrice fixe mon « Inaccessible étoile » d’un regard qui pétille. Elle me demande de le pitcher, la réaction est immédiate : étoiles dans les yeux… ça sent bon les amis ! Elle me demande alors de rééditer l’exercice avec mon « Livre qui parle de toi » : là, ce ne sont plus des étoiles, mais toute une galaxie qui s’invite dans son regard ! Autant dire que ça sent de mieux en mieux ! Puis soudain, tombe sa réponse : « Je viens d’arriver. Je vais réfléchir. Je reviendrai ». Puis elle repart vers de nouvelles aventures, prenant néanmoins mon marque-page.
Après elle, j’enchaîne sur une autre personne. Pitch de « L’inaccessible étoile » : convaincant ! Pitch du « Livre qui parle de toi » : encore plus convaincant ! Mais à nouveau la même réponse : « Je viens d’arriver, je vais réfléchir »…
Là, je me dis que la prochaine sera la bonne. Statistiquement, de mes expériences passées, face à des inconnu(e)s, mon pitch fonctionne une fois sur deux à une fois sur trois. Comme j’ai déjà enchaîné deux non-achats, statistiquement, la prochaine devrait mordre. Sauf que l’histoire se répète, encore et encore. Double pitch, yeux qui brillent, mais « Je vais réfléchir ». Troisième échec consécutif. Puis un quatrième. Puis un cinquième. Puis un dixième. Puis un vingtième. Puis un quarante-huitième (sérieux, je les ai comptés!) Quarante-huit échecs consécutifs, et ma conviction qui s’ébranle de fois en fois. Dans les yeux de mes interlocutrices, de moins en moins d’étoiles. Et même plus de « je vais réfléchir ». Cette fois c’est tout vu. C’est non.
Une heure passe, deux heures passent, le public est là en masse… mais n’achète que mon marque-page, que je leur laisse contre la promesse de revenir. Et si l’apothéose promise se transformait en chemin de croix ?
C’est sur ce que « mon père » arrive. Vous vous souvenez ? Les cosplayers m’avaient annoncé l’arrivée de Dark Vador sur mon stand. Le voilà qui arrive, drapé dans sa cape noire, sabre laser au poing, sur fond de marche impériale. « Rejoins le côté obscur de la force, fils ! » qu’il m’ordonne. « Euh… on vend plus de bouquins du côté obscur ? » que je lui réponds. « Certainement… » que rétorque mon papounet. « Alors vive les Sith et VIVE L’EMPIRE ! » que je lance à pleins poumons. Cela fait venir à moi quelques badauds intrigués. Je leur pitche mes romans sous la surveillance de Vador et d’une demi-douzaine de stormtroopers impériaux, les étoiles se rallument dans les yeux de mes lectrices potentielles, qui se décident… de s’octroyer le temps de la réflexion ! À tous les coups, c’était la Princesse Leïa venue incognito… mais bon, elle prend quand même mon marque-page…
Puis le chemin de croix se transforme en Armageddon quand un invité de marque rejoint enfin sa place, un invité qui ne pourra venir que deux heures sur son stand, mais un invité que tous attendent. Devant sa table, une file qui dépasse tout ce que j’ai connu. Une file qui va jusqu’à devant mon espace… bouchant la vue sur ce dernier. Pourtant je ne m’avoue pas encore vaincu ! Les autres ne me verront pas, mais ceux qui attendent pour lui si ! Armé de la puissance du côté obscur, je me lance alors dans une distribution massive de marque-pages. Peine perdue : ils sont là pour cet autre invité. Pas pour moi.
Il ne me reste plus qu’à abandonner. Retourner me réfugier dans le hall 3, adjacent à celui où réside mon antre, là où d’autres ami(e)s auteur(e)s vendent à tour de bras, à des lecteurs et lectrices ayant à présent une bonne vue d’ensemble du salon, et qui donc se laissent désormais tenter par ce qu’on leur présente…
Mais le devoir m’appelle. Sans plus aucune illusion, je reviens à ma table, hall 2. Devant moi, une pile de marque-pages, et autant d’invendus. C’est alors qu’une voix féminine se manifeste sur ma droite : « J’ai réfléchi et je suis revenue » qu’elle me dit. Elle, c’est Muriel. Celle avec qui, sur le coup de 15h30, j’ouvre enfin mon compteur de l’après-midi, lui vendant un « livre qui parle de toi » qui sera « le seul livre qui lui aura vraiment parlé » (ben oui, forcément). J’en suis à un sur l’après-midi, là où des ami(e)s auteur(e)s en ont vendu plus de cinquante sur le même laps de temps. Astres et désastres…
À sa suite, j’arrive à capter quelques passants, à coup de marque-pages. Peut-être mes pouvoirs de seigneur des ténèbres impérial qui commencent à me gagner ? Entre 15h30 et 16h30, Estelle me prendra « C’est arrivé en avril », deux Marie consécutives me prendront à nouveau « Le livre qui parle de toi » puis Christian s’en ira avec « L’inaccessible étoile ». J’en suis alors à 5. Sacrée apothéose…
Puis le courant des visiteurs s’inverse. Le flux entrant « qui doit d’abord se faire une vue d’ensemble » cède la place au flux sortant. Parmi eux, deux catégories : une majorité qui ressort bredouille, et puis ceux qui repartent avec une hotte à faire de l’ombre au Père Noël. Mais les seuls qui s’arrêtent le font pour me dire qu’ils ont déjà trop dépensé… ou alors qu’ils sont juste « venus pour voir ». Dans les deux cas, il m’arrive de repérer, dépassant du sac des visiteuses, quelques uns de mes marque-pages…







L’histoire doit-elle se finir là ? Non ! À moins d’une demi-heure de la fin, je tente alors le tout pour le tout. Pour l’étoile, c’est mort pour aujourd’hui, mais pour « Le livre », je peux encore tenter un dernier coup de poker. Les lectrices de ce roman, je commence à bien les cerner. Je vais donc me lancer à l’assaut des couloirs du salon, un exemplaire à la main, scrutant les visages à la recherche de la perle rare. Alors que les autres remballent, j’accélère le pas. C’est là que je tombe sur une jeune maman, non loin de la sortie du Parc des Expositions. À la volée, je lui pitche mon « Livre qui parle de toi ». Des étoiles s’allument dans ses yeux, elle fait marche arrière… et demande à son mari comment elle a pu rater un livre « tant fait pour elle ». À quelques minutes de la clôture du salon, je parviens à lui vendre cet ultime exemplaire du livre. Adjugé vendu, elle repart avec ! J’aurai donc vendu six romans en tout durant cette après-midi dantesque !
Avant de prendre congé des libraires, je leur présente mes excuses pour les méventes du jour. C’est là que l’une des vendeuses bénévoles – la retraitée du monde des lettres découverte le premier jour au matin, libraire pendant 30 ans – qui me sort que l’après-midi du dimanche, beaucoup de visiteurs se contentent de venir pour « découvrir les nouveautés », mais que si par hasard ils avaient un moyen de mémoriser ce qu’ils ont vu, alors…
C’est là qu’elle se souvient que j’ai passé mon après-midi à distribuer tant de marque-pages qu’à présent, tout Colmar doit me connaître ! « On a déjà souvent vu des livres mieux se vendre après le salon, quand des gens ont réfléchi, et là avec votre marque-page, vous avez eu une idée du tonnerre qu’elle me dit ! ». En rentrant chez eux, quel souvenir concret nombre de ces visiteurs conserveront-ils de ce salon ? Mon marque-page pardi ! Lui, ils le verront. Certains une dernière fois, d’autres… d’autres se souviendront de leurs yeux brillants face à cet olibrius au double pitch carabiné… Ma foi si c’est ça, si vraiment les étoiles que j’ai vu briller dans les yeux se convertissent en ventes ultérieures, mon odyssée colmarienne se transformerait en vendanges tardives, option « cuvée Musso » !
Bilan donc de ce dimanche, en mode « L’empire contre-attaque » ? 17 ventes. Encore pire que la veille. Mais qui sait, le Jedi fera-t-il son grand retour en librairie dans les prochaines semaines… you don’t know the power of the marque-page ! Qu’aurait pu dire Vador…
Que la force soit donc avec lui !

Ping :25 novembre 2023 : Festival du livre de Colmar 2023 partie 1 : Fame, remember my name ! – Philippe Meisburger