Hello les amis,
Ce dimanche 24 septembre, j’avais salon du livre. Direction Wesserling, charmante bourgade nichée au fond d’une vallée vosgienne, pour ouvrir une nouvelle saison de dédicaces, qui cette fois démarrera par un voyage dans le temps : en effet, ce week-end, en pensant me rendra à ma première dédicace de l’automne 2023, je me suis retrouvé téléporté dans le passé, à ouvrir la saison …1973.
1973… 1973 ?!
Oui. Car là où je suis allé dédicacer, je vous assure, nous avons encore besoin d’une route. Une route qui serpente à travers une étroite vallée vosgienne, où il n’est même pas nécessaire d’être adepte des excès de vitesse à bord d’une delorean carburant au plutonium pour voyager à travers le temps.
Parti de chez moi par une fraîche matinée d’automne 2023, j’arrive sur place une bonne heure plus tard… mais cinquante ans dans le passé, tant tout sur les lieux qui héberge le salon fleure bon les années 70. Des locaux en bois, de l’artisanat local, du patchouli, des slogans de gauche sur les murs, et des gens vêtus de pulls en laine tricotés et de robes dignes des routes de Katmandou. Ne manquaient que quelques combis Volkswagen décorés de fleurs multicolores et l’affaire aurait été dans le sac.
Doc… Doc, que se passe-t-il ? Le compresseur temporel de la modus familiale est-il en panne, nom de Zeus ? Eh non mon gars, là où tu viens d’arriver, les deuxmilletwenties ont encore de petits airs de seventies.





Toujours est-il que j’arrive sur place, je me présente aux responsables de la médiathèque qui organise l’événement, puis hop, je m’installe. Une pile de livres bleus (« Le livre qui parle de toi »), une pile de livres rouges (« C’est arrivé en avril »), le Kakemono en place, ma plaque « Philippe Meisburger en dédicace » aussi, puis enfin je sors l’arme du crime : mon stylo à dédicaces. Allez les gens, j’ai des livres qui parlent de vous à vous vendre.
Sauf que… non.
Cette fois, ça ne se passera pas comme prévu. Un petit indice ? Je vous le livre sous forme d’énigmes : qu’ont en commun la Parisienne overbookée de mon « livre qui parle de toi » avec les retraités habitants une vallée vosgienne qui formèrent la masse de nos visiteurs ? La réponse vous donnera (presque) la quantité de livres vendus ! Eh oui, ça devait arriver une fois, c’est arrivé en septembre à Wesserling : ma première déroute en dédicaces !
À peine installé, je m’octroie une petite pause histoire de faire le tour du salon. Et là je me rends compte du décalage entre mes romans et les autres écrits présentés en ces lieux. Un décalage total. Déjà, nombre de textes présents ne sont pas des romans. De nombreux poètes ont effectué le déplacement, ramenant dans leurs cartons de charmants recueils de poésie, des oeuvres faites avec amour et talent, souvent illustrés au fusain où à l’aquarelle, à des années-lumière de la couv’ de mon « avril » réalisée par IA.
Mais il n’y a pas que face à eux que je suis en décalage. Les nombreux alsatiques, c’est-à-dire des romans ou essais solidement ancrés dans le terroir régional, sont à l’opposé de mes romans dont les protagonistes sont Américains où alors parisiens, inclus dans une globalisation à mille lieues de la médiathèque locale, qui a pris ses quartiers dans les murs d’une ancienne industrie textile, depuis longtemps délocalisée.
Autre élément de décalage : le volume de me écrits. Les 374 pages de mon « livre qui parle de toi » et les 477 de « C’est arrivé en avril » paraissent obèses face aux oeuvres avoisinantes, qui dépassent rarement les cent cinquante pages… au format poche en police taille 14 !













Alors me direz-vous : c’est bien, tu as pu te démarquer ! Ben non. Justement pas. Comme me fit remarquer l’un de mes visiteurs, j’étais comme David Guetta perdu face au public de Jean Ferrat. Deux salles, deux ambiances, un talent évident des deux côtés, mais deux univers incompatibles. On n’extrait pas de « Titanium » de « La montagne » comme on ne vend pas d’histoires de réorientation professionnelle parisiennes aux retraités des vallées vosgiennes.
Par ailleurs, un autre élément a également joué en la défaveur de tous les auteurs présents en ces lieux : la date. Le 24 du mois, dans une vallée frappée de plein fouet par la désindustrialisation, un lieu où l’ancien monde n’est plus et le nouveau pas encore advenu. Résultat : de nombreux passants m’ont confiés presque honteux être « juste venus voir ce qui se passe », mais ne plus avoir un rond pour s’acheter des romans. J’ai longuement hésité avant de vous témoigner cela, mais je voulais vous en parler, car j’ai bien lu la détresse dans leurs yeux, et je voulais me faire leur porte-voix.
Comment dès lors leur en vouloir de ne pas s’être entichés de l’histoire d’une cadre parisienne souhaitant changer de vie ? Comment espérer leur vendre un récit de science-fiction se déroulant le jour de la fin du monde, quand eux vivent l’apocalypse depuis les années 70 ? Dans un pays où l’on sert aux auteurs un succulent chili con carne fait maison agrémenté d’une délicieuse sauce au citron pour la somme dérisoire de cinq euros, comment espérer vendre des romans inclus dans une mondialisation qui a poursuivi son chemin sans eux ?
L’après-midi, le public change un peu. Aux retraités du matin viennent se mêler des familles. Cela me permet d’ouvrir mon compteur de ventes. Sylvie, Jean-Marie, Bruno, Gabrielle, Cosmina et Cindy Leclercq, l’autrice assise sur ma gauche craquent pour les aventures d’Aurélie en découvrant « Le livre qui parle de toi », tandis que Timéo, Pascal et Richard vont partir sur les routes américaines en compagnie de Karine et Vincent, pour un « C’est arrivé en avril » riche en rebondissements.
Voilà donc le bilan des courses. Vous avez bien compté. Six « Livres qui parle de toi » vendus, et trois « C’est arrivé en avril », soit mon score habituel divisé par trois ou quatre…
Si le résultat fut économiquement glacial, les rapports humains sur place furent à l’inverse des plus chaleureux. Outre que j’y ai retrouvé avec bonheur Cindy que je connaissais déjà d’une dédicace précédente, j’ai également retrouvé Raymonde Verney que les anciens des Nouvelles Plumes connaissaient sous son pseudonyme de « Demeter », Ninon Amey et ses romances, Clara Renard et ses feel-good, ainsi qu’un ami chanteur professionnel devenu directeur artistique d’un music-hall.
J’y ai également fait la connaissance d’un historien fort sympathique, d’une dynamique historienne devenue une très sympathique autrice de fantasy (Rachel Kholes) ainsi que d’une poétesse aquarelliste (à moins que ce ne soit l’inverse) au talent indéniable. L’occasion de quelques photos et de quelques liens échangés… car oui, sous le vernis seventies de Wesserling, Instagram et Facebook y ont aussi fait leur chemin…
À une prochaine donc, sous des cieux plus propices à faire chauffer la carte bleue j’espère !





