4 avril 2025. L’heure déjà pour moi de repartir en dédicaces, et ce malgré un rhume carabiné dont je sors à peine, qui depuis trois nuits me laisse dormir au tout et pour tout entre deux et trois heures. Bref, c’est avec une tête de zombie que j’irai vendre mon thriller. Les amateurs de Michael Jackson comprendront.
Bref, sur les coups de 7h30, j’embarque dans le train mon sac plein de livres, d’abord direction de Mulhouse puis, après une demi-heure d’attente, je prends le second train en direction de Belfort que j’atteins sur les coups de 9h. Là, c’est reparti pour un bon kilomètre de marche avec une vingtaine de kilos sur le dos, à croire que la vie d’auteur, c’est faire Pékin express !
L’avantage est que j’arrive avec quarante bonnes minutes d’avance sur les lieux de la dédicace, à l’espace culturel du Leclerc de Belfort. Je me présente aussitôt à Amanda, la responsable de la librairie, puis je file m’installer selon la disposition désormais habituelle : les romans ayant une composante de SF sur ma droite, les autres sur ma gauche, les retours de lecteurs et mes traditionnels marque-pages au milieu, prêts à dégainer. Ajoutons à ça une grande affiche bien visible et un emplacement parfait à l’entrée de l’espace culturel, en mode « contrôle d’accès » : aucune chance qu’un client m’échappe sauf si je déconne.


D’ailleurs à peine installé, je vois une dame en train de fixer mes romans, je lui fais signe de s’approcher, nous discutons un peu et hop, Maryvonne part avec son exemplaire de « La fille de demain » sous le bras. Yes ! Ça commence bien !
À peine Maryvonne partie, un visage familier apparaît : il s’agit de Bérénice Vessot, une autrice de talent rencontrée lors de la Grande foire aux livres de Belfort en 2023 où nous étions tous deux en dédicaces. Nous échangeons un peu et elle me parle d’un salon qui monte en région belfortaine – le salon des auteurs givrés (!) – dont elle a repris les rênes de l’organisation. Contact est pris 😉
Une autre rencontre intéressante dans la matinée est une représentante de l’association Auteur en live, qui non seulement publie des interviews d’auteur en live sur twitch, mais qui organise également le week-end prochain à Andelnans (90) un événement autour des littératures de l’imaginaire intitulé le Necronomicon, où « C’est arrivé en avril » ainsi que « La fille de demain » auraient eu leur place… si je ne m’étais pas déjà engagé pour d’autres séances de dédicace. Je lui laisse néanmoins le contact d’une auteure qui pourrait être intéressée : Sandrine Maury.
Sinon au niveau des ventes, ça donne quoi ? Très vite je me rends compte que le beau soleil qui luit dehors va jouer en ma défaveur. Certes, le centre commercial est plein, mais surtout de gens qui vont faire leurs courses alimentaires. Du coup, le public plus familial n’aura qu’une hâte : quitter le magasin aussitôt les courses faites, et ne pas écouter l’auteur qui essaie de leur parler de ses romans, d’autant plus qu’avec mon rhume qui me bouche les narines, je me retrouve à parler de mes romans avec la voix de Donald Duck. Super pour la crédibilité !
Bref, dans la matinée, la tendance ici sera différente des autres magasins, les mères de famille s’identifiant bien davantage à Aurélie, l’héroïne du « Livre qui parle de toi« , qu’à ma voyageuse du temps. Résultat : si « La fille de demain » parvient encore à convaincre Oscar, Aurélie et son « Livre qui parle de toi » – qui a l’avantage d’être disponible au format poche, croyez-moi ça aide – touchent quant à elle le coeur de Cindy, Mylène, Tiphanie et le couple Laura et Guillaume, qui en sus craquera sur « L’inaccessible étoile« . Rainbow parvient donc rapidement lui aussi à ouvrir ses ailes.
Et pour la matinée ce sera tout. Avec l’exemplaire de « La fille de demain » vendu à Maryvonne en tout début de journée, j’en suis donc à 7 ventes sur les coups de midi. Une « Inaccessible étoile », 2 « Fille de demain » et 4 « Livre qui parle de toi ».
Lentement, le flux de visiteurs se tarit. L’une des libraires me dit même que si je le souhaite, ce serait la bonne heure pour aller manger quelque chose, vu qu’à cette heure-ci, la clientèle en fait de même. Sauf que moi vous me connaissez, j’ai l’habitude de tirer ma baguette du sac et à manger sur mon stand. J’opte donc pour rester sur place, au cas où, et franchement, j’ai bien fait : à l’heure supposée creuse, en à peine une demi-heure, Issam s’envolera aux côtés de Rainbow dans « L’inaccessible étoile », Sandy et Anne me prendront un « Livre qui parle de toi », Isabelle et Geneviève redonneront des couleurs à « La fille de demain », tandis que le couple formé par Jocelyne et Bruno choisira de ne pas choisir, me prenant à la fois « Le livre qui parle de toi » ainsi que « La fille de demain ». En une demi-heure censée être creuse, mon compteur passe de 7 à 14 ventes… des heures creuses comme ça, j’en veux chaque semaine !

Puis après la soi-disant heure creuse de midi, reviennent les heures qui se devraient d’être pleines. Sauf que ce week-end, ce sera le monde à l’envers. Merci le soleil et ma voix de canard du jour, à l’heure où mes ventes auraient dû décoller, elles vont s’effondrer. Pourtant je prends mon rôle de contrôle d’accès très au sérieux : personne ne rentre sans avoir droit à mon marque-page, mais à chaque fois je ne tombe que sur des gens qui disent « ne pas lire » ou alors juste des BD et (surtout) des mangas, mais assurément pas des romans avec « juste du texte ».
Bon, pour dire vrai, ce n’est là pas une spécificité belfortaine. On me répond souvent cela en dédicace, et ce quelque soit l’âge du lecteur, même si c’est plus fréquent auprès des jeunes. La spécificité locale sera que, tombant sur quelques personnes pas trop pressées, j’entame la discussion à ce sujet et lance le débat : pourquoi la BD et le manga, mais pas le roman ?
Précision importante : loin de moi l’idée de vouloir stigmatiser ces lecteurs, comme je leur dis d’ailleurs d’emblée, mais bon, je veux comprendre ce phénomène, car pour dire vrai, j’ai ma petite idée à ce sujet, et celle-ci se révélera juste : dans la tête de nombre de mes interlocuteurs du jour, le roman est associé au concept de littérature, souvent perçue comme ardue et élitiste. « Pas faite pour des gens comme nous qui vont au boulot tous les jours » que me dira même une dame. Entre les lectures imposées au collège / lycée et les quelques tentatives de lire les « livres dont ils parlent à la télé » – souvent des auteurs de littérature dite « blanche » – beaucoup ont été barbés et sont allés se réfugier dans la seule lecture perçue comme populaire : la BD sous toutes ses formes. Tant pis pour ceux qui, comme moi, cherchent à faire dans l’accessible et le grand public. J’en viens à me demander si ce choix – pourtant payant à l’époque où Musso et Levy se lançaient – reste encore pertinent de nos jours, et si je n’ai pas à choisir désormais entre l’élitisme ou quitter le monde du roman.
Toujours est-il qu’au cours de l’après-midi, je ne vendrai que cinq livres supplémentaires : trois exemplaires du « Livre qui parle de toi » qui seront lus par Aurore, Nathalie et Yannick. Julien quant à lui suivra les pas de « La fille de demain » tandis que la charmante Lola suivra Karine et Vincent dans l’unique exemplaire de « C’est arrivé en avril » qui sera vendu en ce jour. Merci le soleil et les lectures imposées pour le bac de Français !
Sur les coups de seize heures, surprise : un visage familier se présente : Sandrine Maury. Oui oui, la Sandrine qui a corrigé mon roman, celle que j’ai mentionnée aux organisateurs du Necronomicon. Nous papotons un bon moment – sans doute le seul où j’ai du laisser filer de potentiels clients – notamment de mes quelques découvertes récentes sur les spécificités de la vente en ligne de romans à l’heure du smartphone-roi.
A peine Sandrine partie, un homme d’un âge certain se présente à moi. Ses premiers mots seront « je vais vous embêter ». L’homme en question – que nous appellerons juste « L’homme » – me demandera un paquet de conseils que je ne suis pas habilité à lui donner, des conseils sans rapport avec le monde des lettres – davantage sur la géographie française, les formalités administratives, le rapport avec la justice… à chaque fois que je pense trouver une instance qui pourrait lui venir en aide, il me décrit ses rapports avec cette dernière en des termes aussi élogieux qu’un critique littéraire du Figaro ou des Inrocks ne le ferait au sujet du dernier Marc Levy. Toujours est-il qu’il me tient la jambe, encore et encore. Je parviens à peine à vendre un ultime « Livre qui parle de toi » à une très sympathique (et patiente) Angelina, qui elle même souhaite écrire (et je lui souhaite le meilleur pour son projet).
Sur les coups de 17h40, Amanda revient me voir. Même si j’ai fait moins fort que la dernière fois où j’ai dépassé les 30 ventes (mais c’était en période de Noël), elle semble satisfaite de mon chiffre. Nous entamons alors une longue discussion où la jeune femme se révélera être une crème, un amour de libraire avec qui nous avons une conversation passionnante qui, là encore, validera pas mal de points que je souhaitais aborder avec une personne « de la profession ». Nous conclurons même un contrat de dépôt-vente pour quelques exemplaires de « La fille de demain », que les lecteurs belfortains pourront venir découvrir à l’Espace culturel de leur Leclerc. Merci donc pour tout Amanda !
Elle reprend alors les invendus appartenant au magasin (mes livres publiés chez M+ éditions) et je m’apprête alors à partir quand soudain, « l’homme » revient à la charge et me dit : « Mais donc, c’est vous qui avez écrit ces livres ? De quoi parlent-ils ? ». Je lui décris alors brièvement mes romans et, alors que tout était déjà rangé, le voilà qui craque sur « L’inaccessible étoile » ! Comme il me reste quelques minutes avant le train, je fonce dans le magasin, à la recherche d’Amanda. Amanda, il nous faut une « étoile ! ». C’est ainsi que sur le fil (et sur le comptoir des caisses du magasin), je dédicace mon ultime roman du jour avant cette fois de repartir dare-dare en direction de la gare, où paraît-il un train m’attend. Dans deux heures, je serai chez moi…
Bilan de la journée donc ? Merci à Lola de suivre Karine et Vincent dans « C’est arrivé en avril », merci au couple Laura et Guillaume, à Issam et à « L’homme » d’avoir ouvert leurs ailes à Rainbow en quête de « L’inaccessible étoile », à Maryvonne, Oscar, le couple Jocelyne et Bruno, Geneviève, Isabelle et Julien quipartiront en cavale aux côtés de Caillean et Vincent dans « La fille de demain », et enfin un immense merci à Cindy, aux couples Laura et Guillaume puis Jocelyne et Bruno, à Mylène, à Tiphanie, à Sandy, à Anne, à Aurore, à Nathalie, à Yannick et enfin à Angelina qui quant à eux suivront Aurélie dans sa chasse au trésor au sein du « Livre qui parle de toi », qui pour une fois reprend la pole position dans le coeur des lecteurs
En chiffres cela nous donne 1 « C’est arrivé en avril », 3 « Inaccessible étoile » 6 « La fille de demain » et 11 « Le livre qui parle de toi » pour un total de 21 romans vendus.
Merci donc à tou.te.s ces lecteurs et lectrices qui se sont emparés de mes romans, et surtout un immense merci à Amanda, Maëva et à toute l’équipe du Leclerc de Belfort pour m’avoir permis de venir dédicacer mes romans entre leurs murs, et surtout de m’avoir invité à revenir « quand je veux ». Vous êtes des amours ! 🥰
À bientôt pour de nouvelles aventures !
