Booktrailer de mon futur roman : conforme aux « standards de la communauté » ?

Depuis que les réseaux sociaux sont devenus le média quasi unique de propagation de l’information, les créateurs doivent se soumettre aux « standards de la communauté », sous peine (au mieux) d’être invisibilisés, voire carrément bannis. Dès lors, qu’a-t-on encore le droit de dire et de montrer ?

De la joie du travail bien fait à la douche froide.

Dans le cadre de la préparation de la sortie de mon prochain roman ( «La fille de demain» ), j’ai achevé la réalisation du booktrailer de ce dernier. Un booktrailer efficace, sans doute le meilleur que je n’ai jamais conçu, qui met vraiment en lumière le caractère « film d’action » de mon prochain thriller : action rapide, montage nerveux, rendu évoquant les blockbusters hollywoodiens : exactement ce que je souhaitais (l’image d’illustration ci-dessous est une capture d’écran tirée de ce dernier).

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Image extraite du booktrailer du roman « La fille de demain » .

Sauf qu’un ami vient de le voir et, s’il partage avec moi le jugement sur sa qualité, m’a attiré l’attention sur le fait que mis à part sur X, les «standards de la communauté» des différents réseaux sociaux ont sérieusement évolué depuis mes derniers booktrailers, et que ce qui passait à l’aise à l’époque ne passerait plus de nos jours, à commencer par les différentes scènes d’action présentées dans mon booktrailer : course de voiture, garde armé en patrouille… en effet, leurs algorithmes très «premier degrés» ne font pas la différence entre fiction (une bande-annonce de film ou de roman en l’occurrence) et réalité. Bref, si dans le cadre d’un thriller je présente des actes illégaux (course-poursuite avec la police par exemple), ils prendront ça pour une illustration de ma vraie vie et non un élément de promotion d’une oeuvre de divertissement, à l’instar des bande-annonces de cinéma que l’on peut voir même aux heures de grande écoute sur les chaînes de télévision les plus mainstream.

De telles scènes (sniper en position de tir…), j’en avais déjà dans des booktrailers il y a 5 ans, mais voilà, c’était il y a 5 ans. Depuis, la liberté d’expression aurait sérieusement été revue à la baisse sur les réseaux. Pas sûr que ce genre de trucs passent encore de nos jours :

Booktrailer de «C’est arrivé en avril»(2019). À l’époque, le sniper sortant de la glace passait sans problème. À l’époque…

Volonté de dialogue.

J’aurais bien aimé pouvoir soumettre mon projet à Instagram & co, histoire de dissiper tout malentendu, mais impossible de les contacter. Par contre ce qui est certain, c’est que si ce que je leur propose devait ne pas être jugé conforme aux « standards de la communauté», qui précisent bien qu’ils n’autorisent « aucune forme de soutien ni d’apologie du terrorisme, du crime organisé ou des groupes haineux sur Instagram». Soit. Mais comment faire la différence entre ma course de bagnole «hollywoodienne» née de mon imaginaire biberonné aux films à grand spectacle et la vidéo d’un go-fast faisant la nique à la police ? Surtout que tout ça est géré par une IA qui n’en est pas a sa première interprétation restrictive des normes.

Bref, si je me loupe, là la sanction sera immédiate et radicale. Trop risqué pour moi. Du coup je n’ai pas d’autre choix que celui de l’autocensure, ce qui en soi est à gerber (et sape ma confiance en ces réseaux).

Impossible de remonter ma bande-annonce en supprimant ces séquences d’action : il n’y aurait juste plus rien. L’alpha et l’oméga de cette bande-annonce est justement de présenter une action-a-gogo pour attirer un lectorat adepte de films de ce genre, et transmettre le message que ce roman dépote, à l’instar de ces thrillers d’action survitaminés qui font les belles heures du film du dimanche soir sur TF1.

Enfin bon… c’est un bouquin avec des courses-poursuites, des fusillades, des évasions, de la baston, des explosion, une scène de torture… je ne vais quand même pas le résumer à une scène où l’héroïne cueille de petites fleurs pour illustrer ce thriller d’action ! Je préférerais ne jamais le sortir que le mutiler de la sorte !

Et même la couverture…

De même, je commence à flipper pour la couverture de mon roman. En elle même, je sais qu’elle fonctionne très bien, mais voyez-vous, là encore, elle est limite au niveau des «standards de la communauté». Vous vous souvenez, celles qui ne tolèrent «aucune forme de soutien ni d’apologie du terrorisme». Sauf que la couverture de mon roman présente clairement en arrière-plan les événements du 11 septembre 2001 (où se déroule une partie de l’action du roman, ce n’est donc en rien gratuit).

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Visuel de couverture de «La fille de demain».
Vous croyez que le joli n’avion qui fonce vers la tou-tour correspond aux «standards de la communauté» ? 😉

Si on lit le roman, il est clair qu’en rien ces attentats ne sont soutenus où loués. Sauf que là, ce sera une IA qui va juger sans lire le livre. C’est ballot. Bref, là encore, une vision restrictive des «standards de la communauté» peut faire des dégâts sur ce genre de visuels.

Et si je ne peux ni utiliser mon booktrailer ni la couv’ de mon bouquin pour ma promo, euh à part me reconvertir en auteur de romances feel good ou fermer boutique, je fais quoi ?

Retrouver la blogosphère…

C’est dans ces moments plus que d’autres que l’on regrette les bons vieux temps où la blogosphère était the place to be, et non la sphère marginale qu’elle est devenue à présent. Une blogosphère où la liberté d’expression n’était pas absolue, certes, mais exclusivement limitée par les lois de la république, avec la garantie de la possibilité d’un débat contradictoire en cas de souci.

Nous avons abandonné le monde libre de la blogosphère pour cette dystopie sécuritaire que sont devenus les réseaux sociaux mainstream (hors-X). C’est terrifiant.