Réseaux sociaux : non à l’humour, oui à la censure !

Liberté d’expression et second degrés font-ils bon ménage avec les réseaux sociaux ? Une fois de plus, la réponse est non, non, et trois fois non. L’heure de la répression des blagues potaches est arrivée. Il était temps : les hurluberlus de mon genre se croyaient vraiment tout permis !

Rouler cent sept fois sa langue dans sa bouche.

Bon, vous l’aurez compris, j’ai de nouveau été victime de censure sur un réseau social. Une fois n’est pas coutume, cette fois c’est sur Tiktok que ça se passe. Et que ça ne se passera plus, vu que mon compte Tiktok vient d’être fermé sans autre forme de procès ni même mail m’avertissant de quoi que ce soit. Après tout, pourquoi se donner la peine d’expliquer à un monstre comme moi ? La sanction fera réfléchir ce jeune abruti !

Fini le laxisme !

Que s’est-il passé ? À l’occasion du Nouvel An 2025, plutôt que de lancer un post de fond, je me suis permis pour une fois un post léger, humoristique : une chanson écrite par mes soins et générée par IA (Suno AI), intitulée « 2025 », écrite spécialement pour l’événement. Si sur YouTube, Facebook, Twitter et Insta ça a passé crème, sur Tiktok, le message « violation des standards de la communauté », suivi par la disparition tout net de mon compte fut l’accueil réservé à ce post pour une fois plus léger. Voilà. Fini le laxisme.

Vous voulez découvrir la chanson ? La voilà. On est en droit d’aimer ou pas, on est en droit de ne pas apprécier le style musical (volontairement décalé d’ailleurs), mais à quoi bon censurer… jusqu’à clôturer définitivement le compte de son auteur ?

L’oeuvre incriminée…

Des problèmes de droits ?

Le problème venait-il d’une question de droits ? Non : je suis client Suno AI et j’ai acheté la licence me permettant même l’utilisation commerciale des musiques que je génère, dont je dispose des droits. Par ailleurs Suno AI me garantit que leurs musiques n’enfreignent aucun droit tiers (c’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’a poussé à me rabattre sur ces techniques : si je composais moi même – ce que je sais faire – il y aurait toujours un risque de réminiscence involontaire. Avec Suno, je suis couvert à ce niveau-là).

Le problème peut-il venir de la technologie IA en elle même ? Non. Tiktok demande en effet d’indiquer si l’IA a été utilisée pour générer un contenu. Ayant répondu « oui » à cette question, j’étais donc parfaitement en règle.

No joking !

Où était alors le problème ? Bien que je n’en aie pas la preuve faute de notification détaillée ou de possibilité d’entrer en contact avec Tiktok, tout me porte à penser que le texte de ma chanson est le problème. En effet, prise au premier degré, celle-ci incite à la violence, vu que son second couplet invite les auditeurs à « éclater la tête à coup de batte à cette sale année 2024 ! ».

Outre le fait qu’il faut se lever vachement de bonne heure pour commettre un acte de violence sur une *année* qui reste un concept abstrait, il fallait bien sûr interpréter ça comme un moment carnavalesque où l’on tape – symboliquement – sur une année qui, pour moi du moins, ne fut pas qu’un lit de roses. Sauf que visiblement, l’algorithme bête et méchant de Tiktok a dû penser que j’appelais à la violence et paf, sanction ! Cela ne peut plus durer. Le second degré et l’humour doivent-ils être relégués aux poubelles de l’histoire ? Je m’y refuse.

Liberté d’expression ?

Imaginez maintenant un groupe de rock dont le chanteur avouerait un meurtre comme ça, en pleine chanson… imaginez que ce type chante en anglais quelque chose du genre « Mama, I just killed a man. Put my gun against his head, pulled my trigger, now he’s dead » (« Maman, je viens juste de tuer un homme. J’ai mis mon flingue contre sa tête et ai appuyé sur la gâchette, maintenant il est mort »). Vous êtes d’accord, ce chanteur a sa place en zonzon direct ! On ne va quand même pas cautionner l’oeuvre d’un meurtrier !

Sauf que ces paroles existent, et figurent juste au panthéon de la musique du 20e siècle ! Pour ceux qui n’auraient pas reconnu, elles font partie de l’un des classiques du hard rock des années 70, le génialissime Bohemian Rhapsody de Queen, multi-repris à la StarAc et à « The voice », qui n’aurait sans doute pas cautionné de « vrais » violents.

Le génialissime Bohemian rhapsody.

Mais ces paroles nous viennent surtout d’une époque où la société était encore moins bête, et savait faire la part des choses entre ce qu’un chanteur chante et ce qu’il prône. Une époque où on ne prenait pas tout au premier degré et où la liberté d’expression n’était pas encore un vain mot.

Imaginez si Freddie Mercury avait vécu en 2025 ? Il l’aurait posté sur Tiktok et son compte aurait sauté dans la seconde. Fin de l’histoire.

Alors bien sûr, je ne compare en rien ma blague potache du Nouvel An avec cette œuvre génialissime, sauf sur un point : Mercury comme moi avons droit à la liberté d’expression, à ne pas être jugés sans débat contradictoire…

L’air du temps…

Si, pour une raison ou une autre, Tiktok ne cautionnait pas ma chanson, ils étaient bien en droit de la refuser… mais pourquoi sanctionner son auteur alors ? Pourquoi me fermer séance tenante mon compte ? Ils auraient pu se contenter de m’interdire de la poster, de me donner le motif de ce refus et voilà. Mais là, je n’y suis pas du tout ! L’air du temps n’est plus à ce genre de laxisme. L’heure du temps est à sévir. Pousser à l’autocensure ces petits freluquets qui se croient tout permis !

À noter que je ne demande en rien une liberté d’expression absolue, mais que seul ce qui tombe sous le coup des lois de la république soit interdit, suite à un débat contradictoire respectant les droits de la défense, tel que prévu par notre constitution. Or je crois qu’on entend des textes bien plus violents et bien plus au premier degré dans certains genres musicaux par ailleurs très en vogue. Ma bafouille sur le Nouvel An 2025 n’est quand même pas ce qui se fait de plus violent en chanson !

Pas une première

Ce n’est cependant pas une première dans mes relations avec TikTok. J’avais déjà une fois outrepassé la ligne rouge, et on m’avait bien dit que c’était la dernière fois qu’un tel abus serait toléré. Où çà ? Cette fois, point de chanson. Point d’IA non plus. Juste l’audio de mon compte-rendu de ma séance de dédicace au Cora de Dorlisheim, au début du mois de mars 2024.

La séquence incriminée commence à 2:12…

Mon tort cette fois ? Complotisme antivax ! Pourtant relisez bien mon article et écoutez bien ce que je dis, je ne parle même pas de vaccin. Tout juste évoque je l’époque du Covid – que j’ai mal vécu, oui – par ces quelques lignes : « j’ai une longue conversation avec l’une de mes futures lectrices, avec qui nous échangeons sur pas mal de choses, dont cette ode à la liberté, à la joie, à la tolérance et au bonheur que furent les années Covid, qui sont aussi mal passées chez moi que chez elle… »

Voilà. Voilà ma première incartade. Voilà in extenso la fois où j’étais déjà allé « trop loin ». D’ailleurs la sanction avait été immédiate : shadow-banning pendant quelques mois. Alors que mes vidéos frôlaient les 1000 vues avant, les suivantes, reléguées par l’algorithme en guise de sanction en firent au plus… trois. Depuis, je n’ose même plus mettre le mot « Covid » dans mes textes. Autocensure…

Radicalisation.

Personnellement, ce genre de mésaventures, plutôt que de me « calmer », auraient plutôt tendance à me radicaliser, jusqu’au choix du mot-titre de cette section de ce post, empruntant volontairement au vocabulaire des années noires du terrorisme.

Je ne peux accepter de voir la liberté d’expression s’envoler chaque jour davantage au profit de « standards de la communauté » qui aseptisent nos vies au point de les vider de leur sens (pour les remplir après de consommation à outrance ? Allez savoir…).

Attendez-vous donc à ce que je franchisse à nouveau les lignes rouges des différents réseaux et qu’un jour, mes pages y disparaissent sans crier gare. Je me refuse de tourner 107 fois la langue dans ma bouche en me demandant comment tel ou tel bout de post peut être mal perçu, mal interprété, mal tout ce que vous voudrez par un algorithme incapable de comprendre ce qu’est l’humour et le second degrés, voire tout simplement la liberté d’expression.

Je ne reconnais qu’une seule loi : celle de la République. Si mes dires n’enfreignent pas ces lois-ci, que nul ne me demande de m’autocensurer !

PS : ce petit cadeau de bienvenue en 2025 me donne déjà envie d’éclater à coup de flingue cette sale année 2025 ! (le changement d’arme n’est pas une montée de ma violence, c’est juste pour la rime, hein…)