10 février 2024. En cette grise journée d’hiver je – ou plutôt nous – tentons une nouvelle expérience : la dédicace à plusieurs auteurs, tous publiés par M+ Éditions, la maison d’édition qui a édité mes deux derniers romans. Je passerai donc cette journée en compagnie d’Olivia Jones et de Pascal Marmet, avec qui j’arrive sur le coup de 9h30 sur les lieux de la dédicace, sachant que je devrai rapidement m’absenter pour chercher Olivia à la gare.
Notre champ d’action ne m’est pas inconnu : c’est la galerie du Leclerc de Saint-Louis, où j’avais déjà dédicacé mes derniers romans il y a moins de trois mois, en novembre 2023. Néanmoins, très vite, je remarque un changement qui paraît anodin, mais qui aura un rôle capital dans la journée : afin d’éviter que la galerie marchande ne soit balayée par les courants d’air qui sous nos latitudes ont tendance à être glaciaux, les responsables du magasin ont condamné l’une des deux portes d’accès, préservant ainsi la galerie de ce flux d’air néfaste… mais canalisant aussi le flux de clients potentiels loin de notre table de dédicace. Or lorsque vous dédicacez dans un hypermarché, seul un accès à ce flux doublé d’une bonne tchatche vous permet de vendre. La tchatche, nous l’avons. Le flux…
Qu’importe, avec Pascal, nous prenons rapidement la décision de réagir. Faute de pouvoir déplacer notre table dans le flux, à nous d’être fluides et de nous glisser parmi les foules entrant caddie au poing, armé de nos marque-pages, en quête d’amateurs de romans trépidants.
Très vite, les premiers lecteurs arrivent. Monique se laisse convaincre par le changement de vie d’Aurélie dans « Le livre qui parle de toi », tandis que Jean-Philippe suivra Karine et Vincent sur les routes de « C’est arrivé en avril ». Jean-Philippe m’informe d’ailleurs que des membres de sa famille souhaitent eux aussi écrire, et bien sûr avoir des conseils en la matière. Contact est pris…
Mais déjà arrive l’heure pour moi de repartir, chercher Olivia. Je laisse donc mon confrère seul face à son lectorat ludovicien et je file à la gare… où je reçois un SMS qui m’informe que le trafic ferroviaire alsacien est perturbé ce samedi matin, en raison d’intrusions sur la voie. Olivia finira par arriver à bon port avec presque une heure de retard… et autant de temps de raté pour notre séance de dédicace, pour elle comme pour moi.
Quoi qu’il en soit, dès sa descente du train, on embarque direction le Leclerc, où on file aussitôt se mettre en place. Une grande partie de la matinée est déjà passée, mais qu’importe : on se remet dans le flux et, dans l’heure et demie qui suit, je parviens à convaincre Roselyne et Koji qui chacun me prennent un exemplaire des aventures de Rainbow en quête de « L’inaccessible étoile », là où Romain craquera pour le combo « Le livre qui parle de toi » + « C’est arrivé en avril ».
Puis vient l’heure de la pause de midi ou nous goûtons aux délices gastronomiques locaux tout en comparant nos projets et méthodes de travail, puis hop, retour à la table des dédicaces, ou plutôt dans le flux des caddies, que nous abordons à nouveau armés de nos marque-pages.
C’est alors que le responsable de l’espace culturel vient nous voir. Lui aussi a remarqué le problème de flux de passants, que notre initiative tente de pallier. Il nous propose alors de déplacer notre table en plein cœur de la galerie marchande. Seul hic : si l’emplacement nous offre une bien plus grande visibilité, les impératifs des responsables de la sécurité nous obligent à renoncer à la configuration standard d’auteurs en dédicace, assis à leur table, pour transformer cette dernière en lieu d’exposition et de dépôt de nos romans.
Pourtant, malgré cette visibilité accrue, nos ventes ne décollent pas. Beaucoup de gens nous passent à côté, nous disent qu’ils ne lisent pas / n’aiment pas lire / ne lisent plus / ont une pile à lire de taille cosmologique, ou autre motif pour ne même pas nous écouter parler de nos romans. Sur le moment, notre déménagement semble tourner à la Bérézina quand enfin, au bout d’une bonne heure, après être arrivés à capter l’intérêt d’une jeune femme, nous comprenons ce qui pèche : alors que nous lui présentons nos romans, celle-ci nous lance, des étoiles dans les yeux : « Wouah ! Vous parlez super bien de ces livres ! Presque comme si vous en aviez été les auteurs ! ». « Mais ce sont nos livres ! » qu’on lui rétorque, avant d’enfoncer le clou d’un définitif « Nous sommes les auteurs de ces romans ».
C’est alors que tous trois, nous comprenons. Si ce nouvel emplacement nous fait certes gagner en visibilité, son format peu orthodoxe pour une séance de dédicace fait que nombre de passants ne comprennent même pas que nous sommes les auteurs de ces livres ! Or sans auteurs présents, nul ne pense à une séance de dédicaces…
Néanmoins, durant l’après-midi, je parviens à placer « C’est arrivé en avril » à Carine, et « Le livre qui parle de toi » à Emmanuelle et Stéphanie (qui le prendra au format poche) tandis que Passy, lectrice qui m’a découvert avec « Le livre… » lors d’une dédicace précédente, craque pour son petit frère et ses oiseaux multicolores qui peuplent les pages de « L’inaccessible étoile ».
Puis arrive lentement l’heure de ranger, certains d’entre nous ayant encore une longue route à faire avant de rentrer chez eux. « Pas si vite » que je leur dis. « Les heures du soir sont souvent les meilleures à Saint-Louis. C’est là que les gens vont encore vite acheter quelques petites bricoles, et qu’ils peuvent se laisser tenter ». Mais les impératifs des transports sont ce qu’ils sont, et nous rangeons… c’est d’ailleurs alors que j’achève de fourrer mes exemplaires du « Livre qui parle de toi » dans le sac prévu à cet effet qu’une charmante jeune femme me regarde faire puis me demande si par hasard je ne serais pas l’auteur de ces romans. « Oui, bien sûr ! » que je lui réponds, avant de lui pitcher ce dernier… c’est ainsi que, sur le fil, j’arrive à convaincre Alicia de se plonger dans les aventures d’Aurélie et de son « Livre qui parle de toi », que je lui dédicace sur un bout-de-table. Ouf !
Après cette dernière dédicace, nous prenons congé des responsables du magasin que nous remercions encore pour leur chaleureux accueil, avant de quitter les lieux, ravis néanmoins d’avoir passé une bonne journée « en trio ».
Bilan des courses me concernant : 5 « Livre qui parle de toi », 3 « Inaccessible étoile » et 3 « C’est arrivé en avril ». 11 exemplaires en tout donc. Au vu des difficultés rencontrées, ce n’est finalement pas si mal… comme quoi, il faut se battre jusqu’au bout et ne rien lâcher !
