Séance de dédicace du 21 mars 2026 chez Littéra – Rougier & Plé à Mulhouse : Hollywood est mort !

Résumé rapide :

Un accueil aux petits oignons, une équipe de libraires super, mais beaucoup de questionnements pour l’avenir…

Et au niveau compta ? :

Philippe Meisburger à librairie Littéra - Rougier & Plé (21 mars 2026)
Philippe Meisburger à librairie Littéra – Rougier & Plé (21 mars 2026)

Par un matin frisquet…

Samedi 21 mars 2026, 9h58. Après un court voyage en train, je débarque à Mulhouse avec mon sac lourd de livres, par un matin frisquet.. Objectif : Me rendre à la librairie Littéra – Rougier & Plé, sur la place de la Réunion – la grande place du centre-ville – pour ma dédicace du jour.

Comme Littera n’ouvre qu’à 10h, je tombe encore devant porte close. Qu’à cela ne tienne, j’en profite pour réaliser le selfie annonçant ma dédicace et déjà la grille de la librairie s’ouvre. À peine ses derniers battants se relèvent que je me glisse à l’intérieur, cap sur ma future table de dédicace, où je commence à m’installer. Première bonne surprise : des croissants chauds et une bouteille d’eau m’attendent. Merci pour ce bon accueil.

L’experte es-couvertures

Valérie, la libraire en chef, vient alors à ma rencontre, alors que je déballe mes livres. Elle me propose un (excellent) café avec les croissants, ce qui est fort appréciable. Merci ! D’emblée, elle constate les nouvelles couvertures de L’inaccessible étoile et du Livre qui parle de toi qu’elle juge bien plus attractives. Surtout celle du Livre qui parle de toi, qu’elle estime à présent chaleureux. « Pile ce que ce lectorat aime » qu’elle ajoute.

Lors de ma première séance de dédicace de ce roman dans cette librairie, en décembre 2022, elle m’avait attiré l’attention sur le fait que sa précédente couverture était trop sombre pour ce lectorat. « Il faut des fleurs, du soleil, des papillons et de la fraîcheur sur les couvertures de ce genre de livres » m’avait-elle dit. J’avais noté le conseil et appliqué ce dernier à la lettre lors de la refonte de la couverture de ce livre qui, autant vous le dire d’emblée, va sauver ma journée.

Les deux romans dont Valérie à découvert les nouvelles couvertures.

Les premières ventes

Très vite, Cathy succombe sous le charme de La fille de demain. Je lui dédicace avec plaisir les aventures de Caillean et Vincent, sans savoir encore que le premier livre vendu de la journée sera ma dernière vente du jour de celui qui, il y a un an à peine, fut mon bestseller, y compris dans cette librairie. Pourquoi ? Nous y reviendrons plus tard.

Chris quant à elle craque sur C’est arrivé en avril puis Le livre qui parle de toi voit sa couverture printanière – tiens, comme disait Valérie – flasher aux yeux de Sandrine. En une bonne demi-heure, 3 ventes, pas mal du tout.

Léna

Puis arrive Léna, une jeune autrice de la région. On s’était ratés de peu lors d’une dédicace précédente alors cette fois, elle décide d’arriver à temps. Avec elle nous papotons pas mal, et notamment d’un fait que j’observe de plus en plus : pourquoi donc les films de SF cartonnent-ils à la télé et au cinéma et pourquoi donc leurs équivalents sous forme de romans sont-ils boudés ? Traduction en clair : sachant que seuls les artistes authentiques peuvent réussir, mon authenticité d’auteur cinématographique ayant le goût du futur est-elle la bienvenue ou bien dois-je abandonner l’écriture de romans ?

Elle me prendra notamment le premier exemplaire de La directive Jupiter, mais aussi un exemplaire du Livre qui parle de toi pour Marie-Odile, une amie qui a besoin de voir quelque chose de positif, et enfin L’inaccessible étoile qu’elle veut offrir à ses amis Cyrille et Dominique.

Puis on papote, on papote, on papote. Et pendant ce temps, je ne traque pas le client potentiel. Résultat : je finis la matinée à 7 ventes, dont 4 auprès de Lena.


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L’après-midi qui parle de toi

Après l’habituel creux de midi, lentement vers 13h30 la clientèle revient, et avec elle les ventes. Seul problème : j’étais venu dans le cadre de la tournée promotionnelle de La directive Jupiter, tournée qui avait très bien commencé en février.

Puis soudain, il y eut la guerre en Iran. Et celle d’Ukraine qui se poursuit aussi. Et puis il y a l’IA aussi, source d’angoisse pour tant de gens. Le tout ensemble forme un trop-plein qui littéralement tue La directive Jupiter, que je pense sacrifier désormais. Dès que je le présente, les gens me le rejettent, car quand la menace vient de l’espace, c’est de la SF, « donc c’est compliqué », et quand je leur explique que tout ce qui est raconté dans ce roman serait possible de nos jours, c’est pire encore : ça leur rappelle la géopolitique actuelle, et aussi cette satanée Silicon Valley et ses empêcheurs à faire de demain un autre hier.

Du coup mon roman « de science-fiction » (même si c’est en fait un thriller d’anticipation, mais bon) qui en plus a le mauvais goût de correspondre à la réalité du monde actuel est globalement rejeté. Les gens veulent se réfugier dans un passé idéalisé. Dans du doudou comme me disent certains. Et donc, on me demande « et ce livre, avec les jolis papillons, la jeune femme et son chat roux, c’est quoi ? ». Ben c’est Le livre qui parle de toi, que je pitche, et qui dans la foulée se vend.

Résultat : coup sur coup Mélanie, Sylvia, Cédric, Larissa et Ines craquent sur les aventures d’Aurélie en quête d’un avenir meilleur (spoiler : on y parle aussi de la Silicon Valley… si vous pensiez échapper à mon univers, c’est raté !)

Le problème Jupiter

Soyons honnêtes : je pense que La directive Jupiter souffre de plusieurs défauts qui pour moi n’en sont pas, mais qui visiblement posent problème à beaucoup. Le premier problème est d’avoir choisi comme héros un astronome. Donc un scientifique. Or la science, « c’est compliqué ». Surtout l’astronomie, où en plus on est forcément hors du réel vu qu’on a la tête dans les étoiles. Et quand bien même mon astronome ne pose pas la moindre équation dans le roman, il a le tort d’être un homme de science. Et on homme de science, on ne s’y identifie pas. C’est des geeks chevelus, et les geeks, ça passe son temps derrière son ordi, pas en librairie.

Caillean agent secret ça passait encore, mais Vincent astronome, non ! Quant à dissimuler cet aspect au public, c’est impossible : c’est bien sa découverte de l’astéroïde qui nous menace qui lance l’action. Vous connaissez des découvreurs d’astéroïdes qui ne sont pas un peu astronomes, vous ? Le fait que sa qualité d’astronome soit au coeur de l’incident déclencheur rend la dissimulation de cet état de fait virtuellement impossible.

Qu’est-ce que tu lis doudou dis-donc ?

Autre écueil : La directive Jupiter parle d’avenir et de technologies. Pire encore : il parle de ce présent bien réel qui pour beaucoup a encore un goût de science-fiction. Drones, IA,… ce n’est plus de la SF, et c’est bien là le problème. La Silicon Valley a eu le mauvais goût d’être bercée à la science-fiction et a décidé de se donner les moyens de réaliser ce que ces oeuvres prophétisaient. Or dans un monde où l’on a désappris à rêver aux jours meilleurs, l’avenir est forcément synonyme de choses négatives dans l’esprit de beaucoup. Hélas pour eux, l’avenir on s’en approche chaque jour un peu plus. Et donc la masse le rejette chaque jour un peu plus. Quand je disais qu’il est urgent de remettre l’utopie au goût du jour…

Dès les années 70, certains artistes tels les Carpenters l’avaient compris, et avaient prospéré en temps de crise – à l’époque le choc pétrolier, déjà lié à des bisbilles au Moyen-Orient – époque troublée qui avait fait les beaux jours de leur Yesterday once more (« Encore une fois hier ») puis Only Yesterday (« Hier seulement »), hymnes à la nostalgie et à un passé idyllique et fantasmé, ou alors de la série Happy days (« Les jours heureux ») qui date à peu près de la même époque :

C’est sur cette impression de lecture doudou que je dois le succès de mon livre qui parle de toi, qui a doublé ses ventes par rapport à l’an dernier (spoiler : c’est juste le déguisement de mon livre. Son fond est tout sauf doudou). En général, c’est une tendance observée par les libraires depuis le début de la guerre en Iran : le rayon thriller / suspense s’effondre, au profit du rayon feel-good qui reprend des couleurs. « Les gens veulent être rassurés ». Je le constate d’ailleurs de visu : jamais je n’ai vu l’espace thrillers aussi vide, et l’espace des romans légers aussi fréquenté.

Arrête de faire peur aux gens !

Autre souci de mon Jupiter : il traite d’une menace existentielle globale. En l’occurrence, un astéroïde tueur « façon Armageddon ». Oh d’habitude, cela cartonne. Enfin jusqu’à ce que ça devienne réel. Or avec tous les dictateurs, les fous de pouvoir et autres « retours des empires » qui font les joies de notre époque, ces menaces globales sont (re)devenues bien réelles. L’Empire Contre-Attaque, mes amis ! Une réalité dont beaucoup souhaitent s’échapper, d’où le retour en force du roman « rassurant ». Celui où les gentils ne gagnent pas contre les méchants, tout simplement parce qu’il n’y a pas de méchants.

« Tes romans, ils font peur ! » que m’a une fois dit une lectrice, qui depuis boycotte mes livres. Si j’avais voulu m’accrocher, j’aurais dû suivre son conseil. Mais comme quand on parle d’utopie – donc d’un avenir positif où notamment la nouvelle donne technologique nous offre le meilleur – on vous taxe au mieux de naïf, la seule chose à faire est de parler d’un passé fantasmé, ou d’un présent encore plus fantasmé où 2026 ressemblerait à 1996. Raté. En la matière, je n’ai rien à raconter, tout simplement parce que je n’y crois pas.

"La directive Jupiter" et "La fille de demain" à librairie Littéra - Rougier & Plé (21 mars 2026)
« La directive Jupiter » et « La fille de demain » à librairie Littéra – Rougier & Plé (21 mars 2026)

Am I too american ?

L’une des recettes du bestseller – surtout aux USA, reconnaissons-le – a toujours été : « Le méchant dispose d’une arme / d’une technologie / de quelque chose qui va détruire le monde, les gentils pourront-ils le vaincre à temps ? ». C’est le ressort d’oeuvres aussi confidentielles et peu au goût du grand public que les James Bond ou les Mission impossible, en passant par les Indiana Jones et une ribambelle d’autres productions de cet acabit.

Quant aux fins du monde, elles ont toujours fait les beaux jours d’Hollywood. D’Armageddon à Moonfall et même Titanic, c’est un genre qui transcende les époques, et dont les budgets pharaoniques exigent un public massif. Là encore, La directive Jupiter coche toutes les cases pour plaire à ce public massif même en France, en témoigne l’audimat des multiples rediffusions de ce genre de films. Bref, plaire à ceux qui ont apprécié James Bond, Mission impossible, Armageddon ou Moonfall semblait le moins risqué des paris, et pourtant…

Quelqu’un a-t-il une explication ? Honnêtement, donnez-la-moi en commentaire… comment se fait-il qu’un des genres les plus fédérateurs au cinéma fasse flop en papier avant même d’avoir été ouverts ? Beaucoup m’ont dit que mes romans étaient « vraiment bizarres », « hors des normes », « des OVNI »… euh pardon, mais un mélange entre Armageddon et Mission Impossible, je vois pas ce qu’il y a de plus mainstream que ça !

On m’a une fois dit : « Tous tes romans, on dirait que c’est un amerloque qui les a écrits. Sauf Le livre qui parle de toi« … qui fut le seul à marcher lors de cette dédicace. Est-ce là cause selon vous ?

Typiquement des bande-annonces de films confidentiels qui peineront à trouver leur public, on est d’accord ? 😉

Jupiter killed the fille de demain

Mais pire encore, La directive Jupiter tue La fille de demain, dont les ventes sont divisées par huit (!) en un an dans la même librairie. Raison : Auprès du public potentiellement sensible à ces deux romans – soyons honnêtes, c’est le même public – si La fille de demain passait encore, Jupiter ne passe plus, car les éléments qui bloquent ne sont plus dissimulables.

Écartons d’emblée l’écriture du roman en elle-même des causes du problème : le rejet se faisant avant ouverture du livre, cela ne peut provenir de là. Le problème est que cette fois, je ne peux plus me cacher. Impossible de cacher l’aspect science de cette fiction. « Les astéroïdes, c’est pas pour moi. Je suis une vraie fille ! » que m’a dit une (non-)lectrice lors de cette dédicace. Autant dire que l’égalité homme-femme dans les filières scientifiques, c’est pas gagné.

Sur La fille de demain, j’arrivais grâce à des trésors d’ingéniosité à dissimuler l’aspect SF du bouquin. Or le problème de la science-fiction, ce n’est pas la fiction. C’est la science. Surtout quand celle-ci a le mauvais goût de ne plus se cantonner à la fiction…

Les dernières ventes

À force de pitch, je parviens néanmoins à placer La directive Jupiter à Marc et Florian – tiens, à nouveau un lectorat à 100% masculin, là où Rémi (encore un homme), amateur de Stephen King, remarque que mon C’est arrivé en avril est comparé à l’oeuvre du maître du suspense. Il craque donc pour ce roman, qui est le premier à finir sold out, vu que je n’en avais emmené que deux.

À sa suite, Sandrine – la seconde du jour – qui pourtant a abandonné la lecture depuis longtemps – se dit que Le livre qui parle de toi serait l’occasion de s’y remettre, car l’époque lui donne envie de quelque chose de « léger » (tiens, on n’en aurait pas déjà parlé de ça ?!)

Ce sera donc une Sandrine qui aura ouvert les compteurs de mon Livre qui parle de toi et une autre qui les refermera, m’achetant mon huitième exemplaire… sur huit emportés. Désormais, ne me restent que L’inaccessible étoile, La directive Jupiter, et La fille de demain.

Oui mais… ces romans, ils ne seraient pas un peu trop science-fiction ? N’y a-t-il pas un peu trop d’astéroïdes pour les lectrices ? Et puis des technologies futuristes, brrr…. tu veux pas plutôt nous parler des jolis oiseaux ? Je leur tends donc L’inaccessible étoile, avec son joli loriquet coloré, un roman comparé sur sa quatrième de couverture à un mélange entre Le petit prince (jusqu’à là ça va) et… et… 1984. 1984. Non mais allô, monsieur l’auteur ! 1984 ! Orwell ! ÇA FAIT PEUR !
Et si ça fait peur, on n’achète plus.
Plus besoin.
Y’a BFM, LCI et CNEWS pour ça…

L'intérieur de la librairie Littéra - Rougier & Plé (21 mars 2026). Une vraie soucoupe volante !
L’intérieur de la librairie Littéra – Rougier & Plé (21 mars 2026). Une vraie soucoupe volante !

Et alors, les chiffres ?

Géopolitique oblige, forcing fait sur La directive Jupiter auprès du public que je pensais compatible aussi (aux dépens de La fille de demain), les classements sont assez chamboulés cette semaine.

La star de l’an dernier, La fille de demain, se retrouve lanterne rouge avec une seule vente, suivie de C’est arrivé en avril et L’inaccessible étoile qui en font chacune 2 – dont 0 auprès d’un public me découvrant pour L’étoile 🙁 – suit quand même La directive Jupiter avec 3 ventes aux forceps, et la seule à avoir tiré plus que son épingle du jeu, doublant son score par rapport à l’année précédente est Aurélie, l’héroïne du Livre qui parle de toi qui à lui seul fait la moitié des ventes avec 8 exemplaires écoulés.

Merci donc à Cathy d’avoir craqué sur La fille de demain, à Remi et Chris d’avoir tenté le voyage dans C’est arrivé en avril, à Lena d’avoir acheté L’inaccessible étoile pour Cyrille et Dominique, à Lena aussi pour avoir acheté La directive Jupiter qui en outre séduira Marc et Florian, et enfin merci à Ines, Larissa, Lena (pour Marie-Odile), les deux Sandrine, Sylvia et Cédric pour avoir craqué sur Le livre qui parle de toi.

Le total de mes ventes atteint désormais 142 livres vendus en dédicace depuis le début de mon « Jupitour », que je vais sans doute rebaptiser le « Livre qui reparle de toi tour »…

PS : C’est sur Le livre qui parle de toi que je gagne le plus par exemplaire, donc ce n’est pas si grave à ce niveau-là…

À bientôt donc

Un immense merci donc à Valérie, Camille, Fabio et toute l’équipe de la librairie Littéra – Rougier & plé pour leur invitation et aussi pour les échanges très intéressants, notamment au sujet des évolutions rapides dans le monde du livre.

Désormais d’autres dates m’attendent, d’autres dates où on pourrait se rencontrer… et si vous apparaissiez dans le compte rendu de la semaine prochaine ?

Allez, je vous laisse. J’ai des exemplaires supplémentaires du Livre qui parle de toi à commander…

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2 commentaires

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